Médicaments pour les os : en prendre ou pas ?

Médicaments pour les os : en prendre ou pas ?

Bilan médicaments ostéoporoseRésumé :

L’Ecole de Santé Publique de Harvard a résumé un article scientifique sur l’impact sur la santé des médicaments contre l’ostéoporose. Cet article indique que ces médicaments pour les os peuvent être effectivement à l’origine d’effets secondaires graves (mâchoires, fractures atypiques notamment). Il indique également que ces médicaments réduisent significativement les risques de fractures ostéoporotiques. En conclusion, l’Ecole de Harvard indique que le bilan des accidents liés aux médicaments et des accidents liés à l’absence de médicaments est favorable aux médicaments. Très favorable, même.

La peur des effets secondaires

Nous savons tous, depuis des années, que les médicaments pour les os ont des effets secondaires. C’est-à-dire qu’ils ont des conséquences néfastes outre les conséquences positives que tout le monde en attend. Ainsi, on sait que les anti-inflammatoires, s’ils diminuent les sensations de douleurs, peuvent notamment entraîner des troubles digestifs.

Pour ce qui concerne les médicaments contre l’ostéoporose, les risques ont été médiatisés avec beaucoup de forces. On a ainsi particulièrement mis l’accent sur des accidents spectaculaires comme des nécroses de la mâchoire, comme des fractures atypiques de la cuisse…

Les médecins indiquent que ces risques sont parfaitement réels et que les médicaments contre l’ostéoporose entraînent une augmentation des risques en question. Une augmentation des risques, car il est important de savoir que les ostéonécroses de la mâchoire peuvent également arriver à des personnes qui ne prennent pas de médicaments contre l’ostéoporose.

2.080 accidents graves par an en France…

Le risque d’ostéonécrose, si l’on est traité par des médicaments contre l’ostéoporose serait inférieur à 1 ostéonécrose pour 10.000 personnes traitées.

Quant aux fractures atypiques, elles ne concernent que 5 personnes pour 10.000 personnes traitées par des médicaments pour les os.

Les spécialistes estiment qu’il y a 3.475.000 personnes en France souffrant d’ostéoporose.

Supposons un instant que toutes ces personnes sont traitées et courent les risques d’effets secondaires mentionnés. On comptabiliserait donc, tous les ans, 348 ostéonécroses de la mâchoire et 1.738 fractures atypiques… Soit un nombre d’environ 2.080 accidents graves liés plus ou moins directement aux médicaments.

Ces chiffres ne sont pas négligeables puisqu’ils représentent la taille d’un bon gros village de nos campagnes.

…pour 125.000 fractures évitées !

Il est intéressant de le comparer au nombre de fractures qui se produisent tous les ans en France, en raison de l’ostéoporose, soit 377.000 fractures.

Ces 377.000 fractures entraînent dans les mois qui suivent environ 4.000 décès, comme nous l’avions indiqué dans un article précédent.

Si ces médicaments pour les os existent, s’ils sont autorisés à la vente (AMM : Autorisation de Mise sur le Marché), c’est que les autorités de santé ont estimé, avec des éléments de preuve significatifs, qu’ils apportaient un service aux malades.

Des études médicales ont été faites en comparant les malades traités et les malades non traités. On estime que les médicaments permettent de diminuer considérablement les risques de fractures :

  • avec l’alendronate (Fosamax, par exemple), le risque est diminué de 50% pour les fractures de la hanche et de la colonne vertébrale, de 23% pour le poignet et autres os,
  • avec le zoledronate (Aclasta, par exemple) ou le denosumab (Prolia, par exemple), le risque est diminué de 70% pour la colonne vertébrale et de 40% pour la hanche.

En prenant un taux moyen de 33%, si toutes les personnes ostéoporotiques étaient sous traitement, on voit que le nombre de fractures évitées serait de 125.000 par an, environ.

Le nombre de décès évités pourrait s’estimer à 1.300 par an.

Une balance favorable

Si l’on compare 125.000 fractures évitées par an à 2.080 accidents liés aux médicaments, la balance semble donc nettement en faveur des médicaments pour les os. Surtout si l’on prend en compte les 5 mois de souffrances et d’immobilisation qui suivent, en moyenne, les fractures de fragilité…

On pourrait être encore plus suspicieux. On pourrait se dire que les chiffres avancés pour les effets secondaires sont très sous-estimés… Et que le nombre d’effets secondaires est beaucoup plus important. On pourrait imaginer que les personnes ayant vécu des effets secondaires graves seraient 2 fois, 4 fois, 10 fois plus nombreux…

Même dans ce dernier cas (10 fois), le nombre d’accidents liés aux médicaments se chiffrerait à 20.000, soit un nombre 6 fois plus faible que le nombre de fractures évitées…

Prévenir les effets secondaires

En outre, il faut savoir que les ostéonécroses ne frappent pas n’importe qui dans la population. En effet, certaines catégories de personnes sont beaucoup plus à risque que les autres. Pourtant, les journaux ne le rapportent jamais.

Les risques augmentent si l’utilisation des médicaments continue longtemps (au-delà de 3 à 5 ans suivant les médicaments). L’effet protecteur des médicaments pour les os continue au-delà des premières années : si l’on a commencé un traitement, il est donc important de l’arrêter intelligemment.

Ainsi, l’ostéonécrose concerne plus particulièrement des personnes ayant des maladies inflammatoires, utilisant des corticostéroïdes (une classe de médicaments) ou ayant une hygiène buccale déficiente. On veillera alors à se brosser les dents plusieurs fois par jour, à utiliser des brossettes pour nettoyer les interstices entre les dents, à faire régulièrement effectuer des détartrages par son dentiste. Si l’on est sous médication anti-ostéoporotique, il conviendra de le signaler au dentiste qui pourra effectuer les inspections utiles et mettre en œuvre des soins réparateurs aussi peu invasifs que possible.

Enfin, pour ce qui concerne les fractures atypiques du fémur, elles apparaissent liées à un usage trop long de médicaments anti-ostéoporotiques (7 ans), à une origine asiatique, à l’utilisation de corticostéroïdes…

Bref, les risques d’effets secondaires, pour la majeure partie des personnes sous traitement, peuvent très nettement diminuer.

Conclusion

Ainsi, les effets secondaires liés aux médicaments contre l’ostéoporose existent bien.

Si toute la population souffrant d’ostéoporose était sous traitement, près de 2.100 personnes/an pourraient être subir des effets secondaires. Rien qu’en France. C’est loin d’être négligeable.

Toutefois, il convient de prendre en compte :

  • les 125.000 fractures que nous pourrions éviter tous les ans grâce à ces mêmes médicaments pour les os,
  • les décès évités (1.300 environ) et
  • les mois de souffrance et de convalescence évités pour chaque fracture (5 mois en moyenne).

Certes, l’utilisation de ces médicaments n’est pas le remède miracle. Le squelette des malades de l’ostéoporose restera considérablement fragilisé. Les risques de fractures se multiplient par 3 par rapport à des personnes en parfaite santé osseuse.

Alors, pour éviter la fragilisation, pour éviter d’avoir à utiliser des médicaments pour les os, pour diminuer réellement le nombre de fractures, il convient de s’y prendre à l’avance. Il convient d’adopter les comportements préventifs : vitamine D, magnésium, protéines, diminution du sel, comportements anti-inflammatoires, exercice physique spécifique, digestion harmonieuse.

Prenons soin de nous longtemps à l’avance pour bénéficier d’un corps en excellent état durablement.

Nous sommes les meilleurs gardiens du Temple que constitue notre corps !

Sources :

Shunning osteoporosis treatment isn’t a wise decision for most women, Harvard Medical School, septembre 2016

Adler RA et al. “Managing osteoporosis patients after long-term bisphosphonate treatment.” Journal of Bone and Mineral Research (Jan. 2016), Vol. 31, No. 1, pp. 16–35

A. Svedbom, E. Hernlund, M. Ivergård, J. Compston, C. Cooper, J. Stenmark, E. V. McCloskey, B. Jönsson, J. A. Kanis,corresponding author and the EU review panel of the IOF. Osteoporosis in the European Union: a compendium of country-specific reports, Arch Osteoporos. 2013; 8(1-2): 137.

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