Comment maîtriser les risques liés à des excès de vitamine D


Comment maîtriser les risques liés à des excès de vitamine D

Déficit & Excès de vitamine DRésumé

Les experts disputent au sujet de la quantité journalière adéquate de vitamine D. Tous sont d’accord sur son importance. Certains pensent que des doses plus importantes que les doses actuellement recommandées sont favorables à la santé, alors que d’autres estiment que les doses actuelles sont suffisantes. Pour en avoir le cœur net, les spécialistes en santé publique ont lancé plusieurs études de cohorte dont les premiers résultats arriveront bientôt…

Les recommandations actuelles

Nous savons déjà que la quasi-totalité d’entre nous, Européens et Américains du Nord, manquons de vitamine D. Nous en manquons en hiver et en automne car le soleil est trop faible pour que notre peau puisse en fabriquer. Nous en manquons très souvent en été et au printemps, car nous ne sommes pas suffisamment exposés au soleil aux heures intenses.

Les autorités de santé se dirigent progressivement et lentement vers une supplémentation générale de la population et la démarche est déjà largement engagée au Royaume-Uni.

Pour ce qui concerne la France, les recommandations actuelles sont les suivantes :

En France, les doses journalières recommandées (ANC 2001) sont faibles : 5 microgrammes (ou 200 UI unités internationales) pour les adultes. La limite supérieure à ne pas dépasser a été fixée à 25 microgrammes/jour (50 microgrammes/jour selon l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire).

Catégorie Nourrissons Enfants de 1 à 3 ans De 4 ans à 74 ans Femmes enceintes ou allaitantes A partir de 75 ans
Dose journalière 20-25 microgramme/j 10 microgramme/j 5 microgramme/j 10 microgramme/j 10-15 microgramme/j

Apports Nutritionnels Conseillés (2001) en France pour la vitamine D

Aux Etats-Unis les doses journalières recommandées sont de 15 microgrammes/jour pour les personnes de 1 à 70 ans (y compris les femmes enceintes et les femmes allaitantes) et de 20 microgrammes/jour après 70 ans (Institut of Medecine 2011). Les doses maximales dépendent de l’âge et atteignent 100 microgrammes par jour pour les adultes.

Au passage, il est à noter que l’on ne connaît pas d’intoxication liée à la vitamine D fabriquée par la peau sous l’influence des rayons UVB du soleil. Cela ne signifie pas pour autant qu’il est favorable de s’exposer en permanence au grand soleil de l’été : d’autres risques sont à craindre pour la pérennité de la peau

Des effets insuffisamment connus

Pour autant, les effets de doses importantes de vitamine D sont controversés. Il semble que des doses importantes de vitamine D pourraient avoir certains effets favorables (réduction des risques de certains cancers, prévention cardiovasculaire, activation du système immunitaire inné…), mais les preuves sont encore insuffisamment fondées selon de nombreux experts.

Des indices ont été d’abord fournis par des études d’observation où l’on a remarqué que les taux de cancers et maladies cardiovasculaires semblaient inversement liées à l’ensoleillement. Des études de laboratoire ont permis de confirmer la possibilité de mécanismes biologiques expliquant l’impact favorable de la vitamine D sur les cancers, les maladies cardiovasculaires et d’autres maladies chroniques.

D’un autre côté, nous savons également qu’il est possible de s’intoxiquer avec des doses très élevées de vitamine D (hypercalcémie, notamment). En outre, les médecins suspectent d’autres risques sanitaires pour des doses moins importantes (cancer du pancréas, affaiblissement du système immunitaire adaptatif…). Ainsi, il semble que des problèmes de santé commencent à se produire chez les personnes ayant plus de 50 à 60 ng/ml de vitamine D 25(OH)D dans le sang.

Bref, les doses les plus adaptées pour un bénéfice avéré sur notre espérance de vie ne sont pas encore connues avec certitude. C’est d’ailleurs ce qui ressort de la diversité des recommandations journalières que nous avons vues plus haut dans le présent article.

Si certains chercheurs pensent que des études supplémentaires sont inutiles, les autorités sanitaires ont estimé qu’il était urgent de procéder à des études supplémentaires qui permettront de conclure définitivement la question de la vitamine D.

Une clarification nécessaire

Pour avoir, sinon le cœur net, du moins des éléments plus solides, l’école de santé publique de l’université de Harvard, aux Etats-Unis a décidé de lancer l’étude VITAL. Il ‘agit d’une étude sur une cohorte de 25.000 personnes (hommes de plus de 50 ans, femmes de plus de 55 ans) démarrée en 2012 pour une durée de 5 ans. Elle permettra de vérifier si une supplémentation de vitamine D (2000 UI/jour, soit environ 50 microgrammes/jour) ou une supplémentation d’acides gras oméga 3 (1 g/jour) permettent de réduire les risques de cancer, de maladies cardiaques, d’attaques cérébrales…

Quatre groupes de patients ont été sélectionnés au hasard et reçoivent soit un supplément de vitamine D et d’oméga 3, soit un supplément de vitamine D et un placébo d’oméga 3, soit un placébo de vitamine D et un supplément d’oméga 3, soit un placébo de vitamine D et un placébo d’oméga 3.

Bref, il s’agit d’une fort belle étude aléatoire en double aveugle, qui permettra d’avoir un très bon niveau de preuve quant aux résultats obtenus.

Afin de discriminer en outre les autres comportements (mode de vie, traitements médicaux, supplémentation, histoire familial de santé…) qui pourraient avoir des conséquences sur les maladies étudiées, des questionnaires sont régulièrement envoyés aux participants et des précisions peuvent leur être demandées par téléphone, si nécessaire. De plus, des analyses de sang sont effectuées sur les participants volontaires. On voit que l’étude a été parfaitement conçue pour déterminer l’impact de chaque type de supplément et leur effet conjugué.

Et pour couronner le tout, l’étude s’intéressera également à d’autres composantes de la santé humaine : intolérance de glucose et diabète, hypertension, déclin cognitif, dépression, ostéoporose et fracture, déficience physique et chutes, asthme et autres maladies respiratoires, infections, polyarthrite rhumatoïde, lupus érythémateux disséminé, maladies de la thyroïde et autres maladies auto-immunes.

Il est intéressant de noter que des études comparables sont également en cours en Australie (5 ans, 20.000 personnes de 60 à 84 ans), en Finlande (5 ans 18.000 personnes de plus de 60 ans), en Grande-Bretagne (5 ans, 20.000 personnes de 60 à 84 ans).

Menées dans différentes régions du monde, ces études vont permettre de baser les conclusions générales sur une population totale d’environ 100.000 personnes avec des modes de vie très variés.

Les atouts de cette étude

L’étude VITAL de Harvard (qui ne doit pas être confondue avec une étude du même nom menée dans l’état de Washington) va permettre d’apporter des informations de meilleure qualité que ce qui est disponible jusqu’à présent. En effet, la plupart des informations disponibles sur l’impact réel de la vitamine D et des oméga 3 vient de ce que l’on appelle des études observationnelles. Dans ces études, on compare la santé de personnes qui ont choisi de prendre des suppléments à la santé de personnes qui ont choisi de n’en pas prendre. Il arrive fréquemment que le mode de vie des personnes qui se supplémentent soit différent de celles qui ne le font sans qu’il soit aisé de le mesurer (activité physique, alimentation…).

En tirant au sort les personnes supplémentées et celles qui ne le sont pas, une étude aléatoire en double aveugle permet de s’affranchir de ces différences qui sont réparties entre tous les groupes étudiés, dès que ces groupes sont suffisamment nombreux.

Conclusion

En raison des débats qui existent entre les spécialistes sur le niveau adéquat de supplémentation en vitamine D, Mme Manson et Bassuck (de l’école de santé publique de Harvard), ont écrit un petit article de recommandations aux médecins. Dans cet article, elles indiquent que « Compte tenu des incertitudes sur la question, le principe habituel de la médecine est de se tenir sagement du côté de la prudence et d’éviter tout excès ». En conséquence, elles suggèrent aux médecins de s’en tenir aux recommandations officielles existantes.

De toute façon, il ne nous reste plus beaucoup de temps à attendre, puisque les premières études vont se conclure dans un an, environ.

Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant.

En attendant, n’oubliez pas de prendre des doses recommandées de vitamine D, surtout en hiver et en automne, ou si vous êtes âgé(e)s, ou si vous sortez rarement aux heures où le soleil est au plus haut en été et au printemps.

Portez-vous bien.

Sources :

Manson JE1, Bassuk SS, Lee IM, Cook NR, Albert MA, Gordon D, Zaharris E, Macfadyen JG, Danielson E, Lin J, Zhang SM, Buring JE, The VITamin D and OmegA-3 TriaL (VITAL): rationale and design of a large randomized controlled trial of vitamin D and marine omega-3 fatty acid supplements for the primary prevention of cancer and cardiovascular disease.  Contemp Clin Trials. 2012 Jan;33(1):159-71.

Hewison M, « Vitamin D and innate and adaptive immunity », Vitam. Horm., vol. 86,‎ 2011, p. 23–62

Helzlsouer KJ, « Overview of the Cohort Consortium Vitamin D Pooling Project of Rarer Cancers », American Journal of Epidemiology, vol. 172, no 1,‎ juin 2010, p. 4–9

Lappe, JM, Travers-Gustafson, D, Davies, M, Recker, R et Heaney, R, « Vitamin D and calcium supplementation reduces cancer risk: results of a randomized trial », Am J Clin Nutr, vol. 85, no 6,‎ juin 2007, p. 1586–91

JoAnn E. Manson, Shari S. Bassuk, Vitamin D Research and Clinical PracticeAt a Crossroads, JAMA. 2015;313(13):1311-1312

Besoins nutritionnels et apports conseillés pour la satisfaction de ces besoins, G Potier de Courcy, ML Frelut, J Fricker, A Martin, H Dupin, Encyclopédie médico-chirurgicale, Elsevier, 2003

Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, Tolerable upper intake levels for vitamines and minerals, février 2006.

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