Bio ou pas bio ? Telle est la question !

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Bio ou pas bio ? Telle est la question !

 

 

Résumé :

La solution miracle (à laquelle j’avais tant envie de croire) n’existe pas en matière de contamination des céréales : les céréales bio risquent d’être contaminées par des molécules extrêmement toxiques pour le foie quand le climat saisonnier est défavorable. 2013 semble avoir été défavorable…

 

 

J’étais fort ennuyé…

J’avais commencé à me convertir (très progressivement) au bio, suite à la lecture, il y a quelques années, du livre « Anticancer » de David Servan-Schreiber.

Il recommande en effet, avec des arguments convaincants, de consommer bio (ou bleu blanc cœur) pour les viandes, les œufs, les fromages, le lait, le yaourt. L’argument majeur est le contenu en oméga 3 de ces produits bio par rapport aux produits non bio.

J’avais ensuite opté pour des céréales bio, bien que David Servan-Schreiber ne le recommandait que modérément : « label bio préférable, mais moins important… ».

Il s’agissait d’éviter les pesticides dont la réputation est épouvantable depuis des années, bien que les pratiques semblent évoluer (notamment avec l’agriculture raisonnée).

 

 

Un oiseau de mauvais augure

Il y a un an, environ, j’ai rencontré par hasard un ingénieur agro spécialiste de la culture des céréales à qui j’ai demandé son avis sur la question du bio et des pesticides dans les céréales. Il m’a indiqué que :

  • les pesticides étaient utilisés à certaines périodes extrêmement précises lors de la croissance des céréales,
  • et que les céréales étaient entièrement lavées par les intempéries au moment de la récolte.
  • Il m’a également indiqué que les silos à grain pouvaient être attaqués par des micro-organismes. Ceux-ci sont producteurs de toxines extrêmement toxiques pour le foie. Aussi, les silos sont-ils traités pour éviter la prolifération de ces micro-organismes…

D’après ce spécialiste, les doses utilisées sont suffisamment faibles pour ne pas poser de problème sanitaire.

A l’époque, je n’ai pas accordé à son avis toute l’importance que cela méritait (et j’ai continué à consommer mes céréales bio).

 

 

Une confirmation inattendue

Un cours de nutrition a été proposé début 2014 sur Internet par l’université McGill de Montréal. Durant ce cours, la question des céréales bio a de nouveau été abordée et les professeurs ont mentionné un accident grave intervenu en Grande-Bretagne voici quelques mois… Des mycotoxines se sont développées dans des céréales bio et, en raison de leur très grande stabilité (la cuisson ne les détruit pas), elles ont gravement endommagé le foie de plusieurs personnes.

Le lien avec ce que m’avait dit mon précédent interlocuteur, 6 mois plus tôt, se fait immédiatement dans mon esprit. Et je décide de rebasculer vers la consommation de céréales classiques (non bio).

 

Néanmoins, j’en parle autour de moi. Certaines personnes sont incrédules (et me prennent pour un raconteur de fadaises, pour ne pas dire pire), d’autres suggèrent de mitiger les risques (alterner bio et non bio).

 

 

A la recherche des céréales perdues…

Je décide finalement (pour rédiger cet article : merci à vous, lecteurs !) d’approfondir la question. Et là, j’apprends que le bio ne peut être exempt de tout reproche : un certain nombre de problèmes liées aux mycotoxines sont régulièrement signalés comme des retraits de produits contaminés (farine de maïs bio en 2011, son de blé bio en juin 2014, Galettes de maïs bio en mai 2014…). Pour autant cela ne veut pas dire que les seuls produits bio soient à incriminer.

 

D’ailleurs, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ) indique que : « Les données disponibles de contamination de produits issus de l’agriculture biologique par les mycotoxines, bien que limitées, montrent des taux de contamination variables, sans qu’il puisse être dégagé de grandes différences avec ceux des produits issus de l’agriculture conventionnelle. » (Évaluation des risques liés à la présence de mycotoxines dans les chaînes alimentaires humaine et animale, Rapport final Mars 2009).

 

Et la réponse sur l’état de l’art actuel semble avoir été donnée lors d’un débat organisé en 2007 avec Pierre Galtier (toxicologue au laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie de l’INRA, expert en mycotoxines, pilote du groupe de travail sur les mycotoxines à l’Afssa) :

  • Marie Vella Association de consommateurs : « Une autre petite question. On dit que l’alimentation bio risque d’avoir des mycotoxines. Comment peut-on garantir l’alimentation non bio sans mycotoxines ? »
  • Pierre Galtier : « C’est une question de contexte général. Certaines années la production de céréales est excellente, d’autres années elle l’est moins. En effet, s’il pleut beaucoup au cours de périodes très sensibles comme l’épiaison, on aura tout intérêt à traiter les céréales. C’est un peu comme les antibiotiques. Quand vous avez une grippe, vous n’avez pas besoin d’antibiotiques, mais si vous avez une surinfection bactérienne vous aurez tout intérêt à en prendre. Il faut avoir un réflexe raisonné. Je crois beaucoup plus en l’agriculture raisonnée, que dans le tout bio ou le tout intensif. »

 

 

Que conclure ?

Bref, si la saison est sèche, le bio contiendra très peu de toxines (et très peu de pesticides).

Si la saison est humide, le bio risque de contenir plus de toxines (et toujours très peu de pesticides).

Les périodes sensibles sont les périodes de floraison et de récolte (risque de stockage humide).

Pour pouvoir choisir, il faut connaître les années favorables et défavorables. Météo-France nous apprend que :

  • En 2014, mars et avril ont été secs (déficit d’eau de 30%) et mai proche de la normale mais avec de fortes disparités régionales.
  • En 2013, la pluviométrie a été supérieure à la normale, particulièrement au printemps.
  • En 2012, la pluviométrie a été proche de la normale, avec un printemps légèrement supérieur à la normale et un été proche de la normale.
  • L’année 2011 a été chaude et sèche, avec un printemps très sec et un été humide.
  • En 2010, les quantités d’eau ont été légèrement déficitaire avec des contrastes régionaux forts.

 

 

Est-ce vraiment rassurant ?

Pour moi, tout cela montre que nous avons encore de grands progrès sanitaires à effectuer…

Et, pour ce qui concerne chacun, il me semble qu’il est important d’agir en commençant par éliminer les problèmes les plus cruciaux sur lesquels nous pouvons agir. Nous en reparlerons…

 

Sources :

« Anticancer », Dr David Servan-Schreiber, chez Robert Laffont

Évaluation des risques liés à la présence de mycotoxines dans les chaînes alimentaires humaine et animale, Rapport final Mars 2009, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, Maisons-Alfort

Quand les plantes nous contaminent : risques et dangers des mycotoxines. Avec Pierre Galtier. Toxicologue. Inra. Afssa., INRA, 26/06/2007

4 responses

  1. Béa dit :

    Très intéressant, cet article. Cependant, je vous enjoins à la prudence en ce qui concerne les assertions de l’ANSES, qui, en réalité, comme son pendant pour la santé, l’ANSM, existe surtout (mais pas de façon officielle) pour soutenir l’économie agro-alimentaire et chimique et parfois, selon les membres du moment, pour favoriser certains financiers qui participent à leur essor.
    Attention aussi aux conclusions de l’INRA; j’y ai des amis et leur travail va dans le sens de la favorisation d’un mode de culture du nord apporté au sud, avec, bien sûr, toutes les avancées technologiques qui ont deux revers de médaille comme, par exemple, les OGM… mais bon, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme (Lavoisier) !

    • Homnes dit :

      Merci pour ce commentaire important !
      Les conflits d’intérêt existent réellement et la « vérité » n’arrive pas toujours à se faire jour rapidement.
      Comme vous me le proposez, au vu de certains scandales récents (fin 2012 : « études » menées avec des rats malades), il convient d’être prudent vis-à-vis de toutes les thèses en présence et de tenter de trouver leur part d’ombre et leur part de vérité.
      En fait, derrière le bio, comme derrière l’industrie agroalimentaire, il peut aussi exister des intérêts importants et de plus en plus nombreux, ce qui n’enlève pas les atouts des uns ou des autres.
      Je tente de me faire une opinion en interrogeant les diverses sources et en recherchant des preuves vérifiées.
      Les retraits de produits bio contaminés par des mycotoxines existent et sont loin d’être rares, hélas…
      Quant aux abus de pesticides, on connaît de mieux en mieux leurs ravages.

  2. Homnes dit :

    Hélas, hélas ! Trois fois hélas !
    L’été pluvieux que nous vivons en 2014 laisse présager le développement de nombreuses moisissures dans les silos au cours de l’arrière saison à venir…
    La moisson de céréales bio 2014 risque encore d’être fortement chargée en toxines !

    • Homnes dit :

      Et il en va de même pour l’été 2016 qui, en France, a été très humide au moment des récoltes…
      Bref, cela laisse encore présager des niveaux de toxines élevés dans les céréales bio !

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