Pourquoi nous ne prenons pas bien soin de nos os


Pourquoi nous ne prenons pas bien soin de nos os

Nos grands mythes autour de l'ostéoporoseRésumé :

Plus de la moitié des femmes auront des fractures après 50 ans. Pourtant, le lien avec l’ostéoporose n’est pas clair dans l’esprit de la plupart de nos contemporaines. Néanmoins, les apports en calcium et en vitamine D ont beaucoup progressé d’une manière générale. Mais quand les os sont vraiment affaiblis, il est un peu tard pour la prévention : il s’agit de consolider le squelette à court terme pour éviter les fractures. Et les malades n’y pensent pas (ou ne veulent pas y penser)…

Si peu de prévention volontaire

Les rhumatologues le savent depuis longtemps, et l’écrivent noir sur blanc depuis des années dans leurs revues scientifiques : il est possible de prévenir et d’éviter l’ostéoporose et ses conséquences.

Cela peut se faire par l’alimentation, l’exercice physique, la supplémentation et aussi, en dernière extrémité, par les traitements médicamenteux…

Pour autant les personnes concernées sont fort peu nombreuses à s’en préoccuper à temps comme le montrent les statistiques internationales ou françaises : à 70 ans, 94% des femmes françaises vivant dans des grandes villes ont des os affaiblis (ostéoporose ou ostéopénie)…

Nous savons toutes et tous qu’il y a du danger pour nous et que nous risquons d’en souffrir cruellement par des fractures douloureuses, voire mortelles. Comment se fait-il alors que, d’une manière générale, nous fassions si peu pour nous prémunir et conserver les os que nous méritons ?

Des croyances erronées…

On sait que cela provient en partie du manque de connaissances de l’ostéoporose qu’ont les personnes concernées.

On sait également que beaucoup de futur(e)s malades estiment que la maladie est inévitable et que c’est une simple conséquence du vieillissement chez les femmes âgées. De ce fait, ces personnes ne feront rien, ou pas grand chose, en matière de prévention…

On sait en effet, depuis quelques années, que nous faisons d’autant plus de prévention que nous estimons :

  • que nous avons un risque,
  • et que nous croyons que nous pouvons y faire quelque chose de manière suffisamment simple.

Or, la plupart des femmes estiment, à tort, que d’autres maladies graves sont plus susceptibles de leur arriver que l’ostéoporose. Elles minorent considérablement les risques de fractures ostéoporotiques dont plus de la moitié d’entre elles souffrira après 50 ans.

Une enquête australienne

Pour approfondir cette question, des médecins australiens ont réalisé une étude qui a été publiée dans la presse scientifique en 2014.

Pour répondre à la dite question, ils ont interrogé, entre 2007 et 2010, 3011 femmes australiennes. Elles n’étaient pas traitées pour l’ostéoporose à l’origine de l’étude.

Ils voulaient savoir, si, en fonction de leur niveau de préoccupation au sujet de l’ostéoporose et des fractures, ces femmes allaient s’engager dans des comportements de prévention et de soins (suppléments de vitamine D et de calcium, informations sur l’ostéoporose et sur les tests de densité osseuse, information sur les traitements médicamenteux…).

L’ostéoporose : une maladie théorique ?

1095 australiennes, d’âge moyen 66 ans, ont fourni des réponses exploitables.

71% des personnes qui ont répondu se sentaient concernées par l’ostéoporose sans pour autant penser personnellement devoir être touchées par la maladie ou les fractures.

Toutefois, les australiennes qui se sentaient concernées par l’ostéoporose ne ressentaient pas plus de risque de maladies et de fractures que la moyenne de la population interrogée.

Par contre, le fait de se sentir concerné, entraînait une demande accrue de conseil médical, de mesure de la densité osseuse, et de traitements.

Pour autant, en raison de grandes campagnes médiatiques, plus de la moitié des femmes interrogées prenaient des suppléments de calcium ou de vitamine D. Ainsi, 65% de celles qui perçoivent un risque personnel en prennent, contre 48% de celles qui n’en perçoivent pas. Ce n’est pas une très grande différence, qui peut s’expliquer par le fait qu’une partie des femmes interrogées s’estiment protégées par le supplément qu’elles prennent.

Curieusement, les femmes qui estiment avoir des risques supérieurs d’ostéoporose, pensent qu’elles n’ont pas plus de risque que les autres femmes d’avoir des fractures…

En outre, celles qui ont été diagnostiquées avec une ostéoporose sont peu nombreuses (22%) à estimer qu’elles ont des risques de fracture supérieurs à ceux des autres femmes.

D’autres études ont d’ailleurs montré que des femmes qui avaient subi une fracture de fragilité ne faisaient pas clairement le lien avec l’ostéoporose dont elles souffraient pourtant.

Il semble que, dans l’esprit de nos contemporaines australiennes, les fractures et l’ostéoporose n’aient pas grand-chose à voir ensemble… Comme si l’ostéoporose était une sorte de fragilité théorique, alors que les fractures sont le résultat d’un concours de circonstances malheureux.

Conclusion

Certains comportements préventifs contre l’ostéoporose ont beaucoup progressé depuis quelques années.

Cela montre que progressivement, nous nous sentons de plus en plus concernés par la probabilité d’une telle maladie.

Pour autant, l’ostéoporose reste, pour la majorité des adultes, une maladie théorique d’affaiblissement des os.

En pratique, nous ne faisons pas le lien entre cette maladie et les risques de fracture qui y sont liés.

De manière surprenante, les personnes qui se sentent concernées par les risques d’ostéoporose ne se sentent pas plus concernées que les autres par les risques de fractures.

De ce fait, la prévention des fractures, qui à un certain stade implique un traitement médical, se fait mal.

Compte tenu des inconvénients de ces traitements, il vaut mieux, bien sûr, éviter d’en arriver là…

La prévention progresse, et c’est une bonne chose !

Toutefois, la prévention est encore quelque peu anarchique. Rares, en effet, sont les personnes qui mettent en œuvre de manière systématique toutes les bonnes pratiques :

Sources :

Concern and Risk Perception: Effects on Osteoprotective Behaviour, A. L. Barcenilla-Wong, J. S. Chen, and L. M. March, Journal of Osteoporosis, Volume 2014 (2014), Article ID 142546, 10 pages

“Vitamin D with calcium reduces mortality: patient level pooled analysis of 70,528 patients from eight major vitamin D trials” L. Rejnmark, A. Avenell, T. Masud et al., The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, vol. 97, no. 8, pp. 2670–2681, 2012.

“An evidence-informed strategy to prevent osteoporosis in australia an outline of the building healthy bones throughout life white paper,” P. R. Ebeling, R. M. Daly, D. A. Kerr, and M. G. Kimlin, Medical Journal of Australia, vol. 198, supplement 1, no. 2, pp. 90–91, 2013.

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