Blog Archives


Que nous apprend le Ministère Américain de la Santé sur la santé de nos os ?

Les conseils du Surgeon Général OstéoporoseRésumé :

Le Ministère Américain de la Santé a publié un rapport sur la santé des os. Il envisage toutes les actions pouvant être mises en place pour améliorer la santé osseuse des Américains, qui laisse à désirer. Sur le plan individuel, on retiendra l’accent mis sur les actions de prévention, notamment par l’alimentation, par l’exercice physique, l’arrêt du tabac, la prévention des chutes, la prévention des fractures… Des recommandations sont faites pour tous les patients de tous les âges. D’autres recommandations concernent les professionnels, les institutions de santé et les pouvoirs publics…

Comment améliorer la santé osseuse des Américains

En 2004, le « Surgeon General » des Etats Unis publiait son premier rapport sur « la santé des os et l’ostéoporose ». Le « Surgeon General » (Chirurgien Général) est le directeur d’un département du Ministère Américain de la Santé, chargé de « l’amélioration de la santé et de la sécurité de la Nation ».

Ce rapport visait à faire le point sur la question de la santé osseuse dans le cadre général tracé par le président américain de l’époque, qui avait décrété une « décennie des os et des articulations » (2002-2011). Il s’agissait de fournir, « pour la première fois, les preuves scientifiques concernant la prévention, l’évaluation, le diagnostic et le traitement de la maladie osseuse ».

Ce travail a réuni les compétences de plus de 200 spécialistes de la santé osseuse, la plupart médecins, presque exclusivement américains.

Un très gros rapport très documenté

Le rapport, qui compte 437 pages, est découpé en 6 grandes parties :

  • Qu’est-ce que la santé osseuse ?
  • Quel est l’état de santé osseuse de l’Amérique ?
  • Que peuvent faire les personnes individuelles pour améliorer leur santé osseuse ?
  • Que peuvent faire les professionnels de Santé pour promouvoir la santé osseuse ?
  • Que peuvent faire le Système de Santé et les approches populationelles pour promouvoir la santé osseuse ?
  • Défis et opportunités : une vision pour l’avenir

Chaque partie est découpée en plusieurs chapitres et chaque chapitre commence par un message-clef. Ces messages clefs sont repris et résumés ci-dessous. Le lecteur qui veut prendre en main sa propre santé osseuse pourra commencer par regarder le résumé de la III° partie : chapitres 6 & 7. Le lecteur pressé pourra ensuite directement sauter à la conclusion…

  • I° Partie : Qu’est-ce que la santé osseuse ?

Le premier chapitre rappelle l’importance de la santé osseuse : le squelette est un cadre qui structure le corps et qui permet de mettre en réserve des minéraux vitaux pour le bon fonctionnement du corps. La santé osseuse des américains est mauvaise ce qui entraîne 1,5 million de fractures tous les ans. La situation pourrait être fortement améliorée par des mesures simples. Toutefois, le manque de prise de conscience de la population et de la profession médicale est le plus grave problème. Certaines fractions de la populations sont particulièrement frappées. La santé des os devrait être un domaine d’action privilégié de promotion de la santé pour les pouvoirs publics.

Le deuxième chapitre commence par rappeler les fonctions squelettiques (fonction structurale, et fonction de réservoir de minéraux essentiels). Durant l’enfance et l’adolescence, les os croissent par construction et destruction de l’os à différents sites (modelage). Par la suite, l’essentiel de l’activité osseuse se fait par construction et destruction au même endroit (remodelage). Le pic de masse osseuse est atteint à 20 ans environ et par la suite, le squelette est entièrement renouvelé tous les 10 ans environ. La santé osseuse dépend à la fois de la génétique et des facteurs extérieurs (alimentation et activité physique). Si le calcium ou le phosphore sont en quantité insuffisante, le corps va les chercher dans le squelette pour alimenter les fonctions vitales, ce qui à terme affaiblit les os. Les facteurs négatifs à la santé osseuse sont des défauts génétiques, des déficits nutritionnels, des désordres hormonaux… Le manque d’exercice, l’immobilisation et la fumée (tabac) ont des effets négatifs. L’ostéoporose, qui se produit avec l’avancée en âge, entraîne des fragilités osseuses.

Chapitre 3 : L’ostéoporose peut entraîner une invalidité physique et mentale. L’ostéoporose primaire vient d’une perte osseuse. L’ostéoporose secondaire est liée à des maladies, à certains médicaments, à certains produits toxiques. Les deux formes peuvent être prévenues par une alimentation adéquate, de l’activité physique et, si nécessaire, des traitements appropriés. Certaines maladies infantiles entraînent du rachitisme. Chez les adultes, la maladie équivalente s’appelle l’ostéomalacie. Elles peuvent être prévenues par des niveaux suffisants de vitamine D. Les malades d’insuffisance rénale chronique risquent l’ostéodystrophie. La maladie de Paget est une maladie progressive dont l’impact peut être minimisé si elle est traitée tôt. L’ostéogénèse imparfaite est d’origine génétique et développementale. Des cancers osseux peuvent également apparaître, qui concernent le plus souvent des personnes âgées (également des enfants).

  • II° Partie : Quel est l’état de santé osseuse de l’Amérique ?

Chapitre 4 : 1,5 millions de personnes souffrent de fractures ostéoporotiques tous les ans. 4 femmes sur 10 de plus de 50 ans connaîtront une fracture de la hanche, de la colonne vertébrale, du poignet. 10 millions de personnes de plus de 50 ans ont une ostéoporose et 33,6 millions supplémentaires ont une ostéopénie. Compte tenu de la démographie, la situation va s’aggraver. L’ostéoporose est un risque réel pour toute la population âgée, hommes et femmes. On estime que 1 million de personnes sont touchées par la maladie de Paget, et 20 à 50.000 par l’ostéogénèse imparfaite.

Chapitre 5 : les maladies osseuses sont le plus souvent silencieuses, jusqu’à ce qu’une fracture se produise. Les 1,5 million de fractures entraîne 500.000 hospitalisations, 800.000 visites aux urgences, 2,6 millions de visites de médecins, 180.000 placements en centres de soins… Les coûts directs sont estimés entre 12 et 18 milliards de dollar (2002), sans compter les coûts indirects. Les conséquences individuelles et familiales sont dévastatrices, avec une spirale descendante physique et mentale pouvant aboutir à la mort, particulièrement en cas de fracture de la hanche. Les complications sont des douleurs, une diminution de la taille, une incapacité à s’habiller, à se lever, à marcher… Des conséquences psychologiques graves sont à redouter (estime de soi, image de soi, humeur, isolement…).

  • III° Partie : Que peuvent faire les personnes individuelles pour améliorer leur santé osseuse ?

Chapitre 6 : Si les facteurs génétiques sont significatifs, les facteurs contrôlables comme l’alimentation et l’activité physique peuvent faire la différence entre un squelette fragile et un squelette solide. Le calcium est un élément majeur pour la santé osseuse et la majorité de la population américaine consomme des quantités très inférieures à une santé osseuse optimale. La vitamine D est importante avec de grands déficits chez les personnes en maisons de retraite, les personnes hospitalisées, les adultes avec des fractures. L’activité physique est importante tout au long de la vie. Le poids est également important (un faible de poids entraîne également des risques). Les fractures viennent souvent des chutes, aussi faut-il les prévenir : renforcement musculaire, travail de l’équilibre, adaptation des logements, diminution des psychotropes… Les questions autour de la reproduction peuvent entraîner des désordres et particulièrement les aménorrhées (arrêt des règles) après la puberté et avant la ménopause. Certaines maladies et prescriptions médicales entraînent des risques qu’il convient de traiter. Fumer et une forte consommation d’alcool diminuent la densité osseuse et augmentent le risque de fracture.

Chapitre 7 : Il y a beaucoup à faire à tous les âges pour avoir une bonne santé osseuse. Il est important d’avoir une alimentation bien équilibrée incluant des céréales, des fruits, des légumes, des laitages maigres ou écrémés ou d’autres aliments riches en calcium, et de la viande ou des haricots tous les jours. La plupart des américains ne consomment pas suffisamment de calcium. Il suffit de 3 verres de 240 ml de lait écrémé outre le calcium du reste de l’alimentation. On peut aussi utiliser des aliments supplémentés en calcium. Les apports de vitamine D par le soleil ne sont pas toujours faciles, et il faut des apports par l’alimentation ou même des suppléments. Outre les 30 mn d’activité physique journalière pour les adultes, il convient de pratiquer des exercices physiques spécifiques de renforcement musculaire et de charge. Il convient de voir un médecin en cas de maladie ou de traitement médical qui entraînent une fragilité osseuse ou en cas d’aménorrhée pendant 3 mois.

  • IV° Partie : Que peuvent faire les professionnels de Santé pour promouvoir la santé osseuse ?

Chapitre 8 : Une grande partie du fardeau peut être évité si les individus à risques sont identifiés et que des interventions appropriées (préventives et curatives) sont menées. La profession médicale est souvent en défaut sur ces questions. Il est important d’évaluer de manière systématique les risques à tout âge et d’estimer les apports en calcium et vitamine D, l’activité physique, les comportements néfastes (fumer…). Il convient d’évaluer la santé osseuse de ceux qui sont le plus à risque avec les méthodes appropriées disponibles. Il convient que le public et les professionnels de santé soient conscients des risques faciles à identifier. Les signaux d’alarme, comme une fracture de fragilité, doivent être connus des professionnels de santé. Les professionnels de santé doivent aussi rechercher d’autres maladies osseuses. La densité minérale osseuse (DMO) doit être évaluée chez toute personne à risque (femmes de plus de 65 ans, femmes avec plusieurs risques de fractures, personnes ayant eu une fractures de fragilité, ou qui auraient eu des maladies ou des traitements fragilisants. Chez les personnes ostéoporotiques, il convient de rechercher les facteurs secondaires traitables.

Chapitre 9 : Il y a eu des avancées importantes dans la capacité à prévenir et traiter les fractures depuis 10 ans. Pourtant ces mesures sont mal appliquées. Chacun devrait être informé des fondamentaux de la santé osseuse et les pratiquer (exercice physique, nutrition, fumer). Il convient de rechercher toutes les causes secondaires chez les personnes diagnostiquées et, le cas échéant, les traiter. Les médicaments qui préviennent les fractures (anti-résorbants) diminuent le risque de fracture en limitant la résorption osseuse et même en accroissant la masse et la solidité osseuse. Quand les anti-résorbants sont insuffisants, des thérapies anabolisantes sont disponibles. Pour ceux qui restent avec un risque élevé de fracture, il convient de développer un programme anti-chute complet. Des traitements spécifiques existent pour d’autres maladies osseuses que l’ostéoporose et doivent être mis en oeuvre à temps.

Chapitre 10 : chaque personne, aidé par les professionnels de santé, a un rôle à jouer dans la promotion de sa propre santé osseuse. Les fonctions paramédicales ont également un rôle à jouer. L’enfance est un excellent moment pour encourager la nutrition et l’exercice physique et décourager les comportements néfastes. Les adultes jeunes et matures doivent être encouragés à adopter des styles de vie protecteurs de la santé. Pour les plus âgés, les apports en calcium et vitamine D sont plus élevés. Ils doivent avoir une activité physique, notamment des activités en charge et de résistance. Les facteurs de risques doivent être évalués pour toutes les femmes âgées, et une densité osseuse doit être mesurée pour toutes les femmes de plus de 65 ans et les personnes à risques. Un traitement pharmaceutique doit être envisagé pour toute personne ostéoporotique. Il faut envisager une stratégie de prévention des chutes avec tous les malades, ainsi qu’une protection des hanches pour les plus frêles et les plus à risque de chutes. Toute personne à risque devrait consulter un endocrinologue, un rhumatologue ou un autre spécialiste de l’ostéoporose.

  • V° Partie : Que peuvent faire le Système de Santé et les approches populationelles pour promouvoir la santé osseuse ?

Chapitre 11 : Il s’agit de mettre en place des politiques et des processus formalisés. A cet effet : 1) identifier et mettre en place des stratégies interventionnelles adaptées, 2) éduquer et sensibiliser le public et les professionnels de santé, 3) vérifier l’adéquation des services de prévention, de diagnostic et de traitement 4) vérifier les résultats sur la santé osseuse de la population. En matière de promotion de la santé, le rôle le plus important des cliniciens est dans l’éducation sur la prévention, l’évaluation, le diagnostic et le traitement. Les groupements médicaux ont aussi un rôle à jouer. Les hôpitaux et les centres de réhabilitation peuvent également aller au-delà de leurs fonctions traditionnelles en abordant l’amélioration de la santé osseuse et la prévention des chutes. Les institutions peuvent peuvent mettre en place des mesures pour prévenir les chutes et les fractures, vérifier les apports de calcium et vitamine D, renforcer les os. Les assurances santé doivent évaluer et suivre les performances des prestataires, mettre en place des programmes d’amélioration de la qualité, et/ou des programmes de rémunération sur la performance. Le système de santé publique et les agences gouvernementales peuvent jouer un rôle fondamental en promouvant : 1) une sensibilisation des patients et des professionnels, 2) améliorer la coordination entre organisations, 3) former les professionnels à la promotion de la santé osseuse et au diagnostic, 4) développer des stratégies pour promouvoir la santé osseuse et les traitements appropriés, 5) suivre et évaluer les activités localement et nationalement. D’autres organismes peuvent être impliqués par la recherche, l’éducation et les politiques d’achat.

Chapitre 12 : Les interventions globales visent à améliorer la santé osseuse de la population (prévenir la maladie, les blessures, les infirmités, les décès prématurés). Des approches au niveau national et local sont adaptées en raison de l’importance des effectifs concernés, le grand déficit de connaissances sur la prévention, les coûts engendrés par la maladie qui sont importants, des interventions bien pensées qui sont efficaces. Les approches communautaires sont essentielles. Ce chapitre inclut 7 exemples d’interventions réussies ou innovantes : les campagnes doivent être fondées sur des preuves et évaluées ; des outils éprouvés sont disponibles ; une éducation de base sur la santé osseuse est importante ; des partenariats locaux sont nécessaires ; des messages utiles sont disponibles pour toutes les tranches d’âge ; une politique de santé et des changements environnementaux sont des outils importants.

  • VI° Partie : Défis et opportunités : une vision pour l’avenir

Chapitre 13 : les messages majeurs du « Surgeon General » sont :

  1. l’importance de la santé osseuse pour la santé générale et le bien-être des américains,
  2. de grands progrès ont été faits au cours des dernières années dans la compréhension et la promotion de la santé osseuse
  3. beaucoup de personnes ont la possibilité de faire des choix de vie sains pour la santé osseuse,
  4. les professionnels de santé, les systèmes de santé, les communautés et d’autres parties prenantes ont des rôles critiques à jouer pour soutenir les patients à faire des choix adaptés et pour promouvoir des interventions adaptées de prévention, de diagnostic et de soin.

Conclusion

Ce rapport fait un tour d’horizon très large de tout ce qui permet d’améliorer la santé osseuse, tant au plan individuel, qu’au plan médical et au plan institutionnel. Il rentre très loin dans tous les détails des questions évoquées, présentant même des schémas très précis en matière de réactions biologiques ou d’interventions communautaires de promotion de la santé osseuse.

On retiendra que, comme en France, des déficits de vitamine D, de calcium, de protéines et un manque d’exercice physique adapté sont signalés chez une fraction importante de la population américaine.

Le rapport insiste sur le fait que la situation médiocre de la santé osseuse des américains est loin d’être une fatalité et que des comportements adaptés permettent d’améliorer considérablement la situation.

C’est d’ailleurs ce que nous disons dans nos articles de manière très régulière.

Rappelons que les facteurs de protection des os sont :

Prenez soin de vous !

Source :

Bone Health and Osteoporosis: A Surgeon General’s Report, U.S. DEPARTMENT OF HEALTH AND HUMAN SERVICES, Rockville, 2004, 467 pages

6

Équilibre acido-basique, un trompe l’œil pour la santé de notre squelette ?

Régime alcalin & os : Mythes et réalitésRésumé

Les études médicales récentes réfutent les hypothèses anciennes émises quant à l’influence de l’équilibre acido-basique sur la santé des os, hormis pour certains maladies graves des reins notamment. Les régulation pulmonaires et rénales sont, en temps normal, très puissantes. En fait, si les végétaux sont importants, c’est par leur pouvoir anti-inflammatoire. Et il est également majeur d’avoir des apports suffisants de protéines pour entretenir la structure biologique de l’os. Les régimes alimentaires méditerranéens sont excellents pour la santé de nos os.

Équilibre acido-basique et ostéoporose

On lit souvent, sur des blogs et dans des articles sur la santé, qu’il est important de veiller à son équilibre acido-basique pour conserver des os en bonne santé.

Cette théorie postule que l’augmentation de l’acidité urinaire et/ou sanguine, due à la consommation de certains aliments, entraînerait une déminéralisation du squelette. D’où une ostéoporose induite et des risques de fractures augmentés. Les protéines animales seraient particulièrement incriminées dans cette hypothèse. Inversement, des aliments entraînant une augmentation du caractère basique des urines ou du sang seraient favorables à la prévention de l’ostéoporose (et de l’ostéopénie).

Cette théorie est notamment reprise dans un article publiée en 2010 par des chercheurs de l’Université de Lausanne qui concluent que l’eau minérale peut avoir un rôle important dans la prévention de l’ostéoporose. Il est à noter qu’un des auteurs a une adresse de messagerie rattachée à une grande marque d’eau minérale…

Cette théorie est également souvent reprise par les défenseurs de la condition animale. Sous couvert de santé, elle leur permet (à tort ou à raison, ce que nous verrons plus loin) de recommander l’arrêt de la consommation de produits animaux.

Des doutes sur la question ?

Il se trouve, par ailleurs, qu’une étude importante sur la santé des os a étudié la question de l’équilibre acido-basique au milieu de plusieurs autres. Cette étude qui a suivi pendant une soixantaine d’années 10.000 personnes aux Etats-Unis, à Framingham, a été publiée en juin 2015. Sur la question de l’équilibre acido-basique, l’étude conclut : « Ces résultats suggèrent que, à l’exception peut-être des hommes âgés, la charge acide alimentaire estimée par l’ingestion alimentaire, n’a pas d’association avec la densité minérale osseuse ».

Il n’est, bien sûr, pas possible de conclure définitivement à partir d’une seule étude, fût-elle de la qualité de celle-ci : il s’agit d’une étude de cohorte (donc d’un niveau élevé dans la hiérarchie des preuves scientifiques) menée dans un cadre extrêmement réputé pour les résultats antérieurs, notamment sur l’origine des maladies cardiovasculaires.

Approfondir la question

Comme j’ai envie de faire de vieux os (au sens propre et figuré), j’ai décidé d’aller plus loin pour en avoir le cœur net, même si le sérieux des études de Framingham était déjà un élément majeur. A cet effet, je me suis plongé dans les études publiées dans la presse professionnelle médicale. Je voulais y chercher les plus concluantes sur la question, c’est-à-dire les méta-analyses, les expériences en double aveugle et autres études de cohortes…

Un article du Pr. Bonjour, du CHU de Genève en Suisse, défriche les grandes lignes de la question.

Selon le Pr. Bonjour, la théorie de l’influence de l’équilibre acido-basique date des années 1960. Elle est la suite des études menées sur des personnes ayant des insuffisances rénales sérieuses. On avait émis l’hypothèse, à l’époque, que la mobilisation des minéraux osseux permettait de limiter l’accumulation d’acide dans le corps, avec un risque d’ostéoporose à long terme. On peut retrouver, d’après d’autres auteurs, les prémices de ces théories dès le XIX° siècle.

Le pouvoir des poumons et des reins

Pour introduire son article et le résumer d’emblée, le Pr Bonjour cite une phrase de Homer Smith : « Il n’est pas exagéré de dire que la composition des fluides du corps est déterminée non pas par ce que la bouche avale mais par ce que gardent les reins : ce sont les maîtres-chimistes de notre environnement interne. Lorsque, entre autres fonctions, ils excrètent les cendres des feux internes de nos corps, ou qu’ils retirent de notre sang l’infinie variété de substances étrangères qui sont constamment absorbées par notre système digestif aveugle, ces opérations excrétrices contribuent à la fonction principale qui consiste à garder notre environnement interne dans un état idéal, équilibré ».

Le Pr Bonjour rappelle ensuite la capacité du système respiratoire à utiliser le dioxyde de carbone et ses dérivés (les bicarbonates, notamment) pour réaliser une première adaptation du pH sanguin. A cet effet, les poumons modulent et régulent la quantité de CO2 présent dans le corps.

Il indique également que les reins ont des capacités de gérer l’équilibre acido-basique du corps par plusieurs processus : modulation de la réabsorption des bicarbonates, gestion des phosphates, gestion de l’ammonium.

Il indique que ces mécanismes sont suffisamment puissants pour réguler l’équilibre acido-basique interne du corps chez les personnes en bonne santé. Mais, il n’en va pas forcément de même chez les malades des reins ou des poumons. Chez ces malades, et uniquement dans ces cas particuliers, on peut trouver un léger impact de l’alimentation sur l’équilibre acido-basique. « Toutefois, en l’absence de ces pathologies, les composantes alimentaires ne déclenchent ni l’acidose, ni l’alcalose dans les fluides extracellulaires. Toute influence d’origine nutritionnelle qui perturbe légèrement l’équilibre acido-basique est corrigée à la fois par des systèmes tampons biochimiques fonctionnant dans les deux compartiments intracellulaires et extracellulaires ».

Une collection impressionnante d’études sur la question

Les recherches biologiques récentes – qui ont permis de comprendre en détail les mécanismes à l’œuvre – sont mentionnés dans l’article. Nous ne les reprendrons pas ici.

Il faut simplement mentionner deux études relativement récentes (2008). Elles réfutent clairement l’hypothèse ancienne que l’ingestion de potassium, de végétaux ou la diminution des protéines animales permettraient de protéger les os, chez les femmes en bonne santé.

Certaines études s’interrogent, par contre, sans répondre définitivement à l’heure actuelle, sur les risques de calcification des tissus en cas d’ingestion prolongée de sels basiques.

Différentes méta-analyses sont citées et l’une d’elles (2009) est très claire dans sa conclusion : « La promotion d’un « régime alcalin » pour empêcher la perte de calcium n’est pas justifiée ».

Il est important de mentionner un article (2002) qui mentionne les bénéfices de différents végétaux (notamment oignons, salades, herbes…) sur la santé osseuse, non pas par leur caractère basique, mais par un ou plusieurs composants actifs. Ainsi donc, tout ceci nous renvoie à ce que nos lecteurs savent déjà : les fruits et les légumes ont une influence favorable sur la santé des os car ils diminuent l’inflammation chronique de l’organisme.

Complément

Ce qui est extrêmement intéressant, c’est que les conclusions de cet article du Pr Bonjour sont confirmées par celles d’une méta-analyse publiée en 2011 : « Une association causale entre la charge acide alimentaire et les maladies ostéoporotiques n’est pas étayée par des preuves et il n’y a aucune preuve qu’un régime alcalin est protecteur de la santé des os ». Nous avons là, avec cette méta-analyse qui reprend 21 études antérieures, l’une des meilleures preuves scientifiques que l’on puisse souhaiter en matière de santé.

Conclusion

Au final, on peut échafauder toutes les théories imaginables pour prouver tel ou tel phénomène. S’il est impossible de vérifier que ce phénomène existe, si les expériences réalisées sur le terrain biologique prouvent le contraire, ces théories n’ont pas lieu de se répandre.

Ainsi, rien ne prouve, pour les personnes en bonne santé, qu’une alimentation acide ou basique a une influence quelconque sur la santé des os de la plupart d’entre nous : les reins et les poumons, quand ils sont en bon état, sont des organes suffisamment puissants pour réguler l’acidité interne du corps.

Ce qui est intéressant, par contre, c’est qu’une bonne partie des aliments considérés comme positifs dans le référentiel acido-basique sont également ceux qui ont une influence positive sur l‘inflammation chronique de l’organisme (fruits, légumes, épices, noix et graines…).

De là, il n’y a qu’un pas à considérer qu’il pourrait y avoir une confusion entre deux phénomènes dont l’un (l’inflammation) est de toute certitude impliqué dans de nombreuses maladies de dégénérescence, alors que l’autre (équilibre acido-basique) relève de pathologies graves et rares de la régulation interne du corps…

Tout ceci serait sans gravité si cela n’incitait certaines personnes à diminuer leur consommation de protéines.

Les os ont, en effet, besoin d’une structure protéique solide pour être en bonne santé, comme nous l’avons déjà vu dans un autre article récent.

Il est donc important de consommer suffisamment de protéines (végétales et/ou animales, selon vos préférences).

Une des bonnes façons de prendre soin de soi est d’adopter un régime alimentaire de type méditerranéen, ou encore mieux, de type crétois.

Bon appétit !

Sources :

Bonjour JP, Nutritional disturbance in acid-base balance and osteoporosis: a hypothesis that disregards the essential homeostatic role of the kidney. The British Journal of Nutrition. 2013 Oct;110(7):1168-77.

Jia T1, Byberg L, Lindholm B, Larsson TE, Lind L, Michaëlsson K, Carrero JJ., Dietary acid load, kidney function, osteoporosis, and risk of fractures in elderly men and women. Osteoporos Int. 2015 Feb;26(2):563-70.

Postgraduate Symposium: Positive influence of nutritional alkalinity on bone health., Wynn E1, Krieg MA, Lanham-New SA, Burckhardt P., Proc Nutr Soc. 2010 Feb;69(1):166-73.

Nutrition Society Medal lecture. The role of the skeleton in acid-base homeostasis., New SA, Proc Nutr Soc. 2002 May;61(2):151-64.

Fenton TR, Tough SC, Lyon AW, et al. Causal assessment of dietary acid load and bone disease: A systematic review and meta-analysis applying Hill’s epidemiologic criteria for causality. Nutr J. 2011 Apr 30;10(1):41.

Fenton TR, Lyon AW, Eliasziw M, et al. (2009) Meta-analysis of the effect of the acid–ash hypothesis of osteoporosis on calcium balance. J Bone Miner Res 24, 1835–1840

McLean RR, Qiao N, Broe KE, et al. (2011) Dietary acid load is not associated with lower bone mineral density except in older men. J Nutr 141, 588–594

Muhlbauer RC, Lozano A & Reinli A (2002) Onion and a mixture of vegetables, salads, and herbs affect bone resorption in the rat by a mechanism independent of their base excess. J Bone Miner Res 17, 1230–1236


Comment bien nourrir ses os aux trois âges de la vie

Nourir ses os aux 3 âges de la vieRésumé :

La Fondation Internationale contre l’Ostéoporose a édité en 2015 une brochure de conseils nutritionnels pour tous les âges de la vie. Cette brochure fort claire met l’accent sur la prévention et on y retrouve les bons conseils pour se faire un squelette solide. Deux regrets néanmoins : que la brochure ne mentionne pas les risques liés à la consommation de laitages non fermentés (lait liquide) et de sel (NaCl).

Que ton alimentation soit ton médicament !

Vous connaissez tous cette maxime d’Hippocrate (460-370 avant JC), célèbre médecin grec de l’antiquité. Ce précepte, pour ce qui concerne la santé des os, est essentiel. Il est essentiel aussi bien pour se constituer des os solides que pour les conserver et les entretenir.

Pour aider la population mondiale à atteindre cet objectif, la Fondation Internationale contre l’Ostéoporose (IOF) a édité un petit livret de 24 pages donnant des conseils nutritionnels pour tous les âges de la vie. Ce livret est disponible en de nombreuses langues.

L’article que vous lisez est un résumé de cette brochure.

Des objectifs adaptés aux différents stades de développement du corps

Il s’agit, en mettant l’accent sur l’alimentation et l’exercice physique, de permettre à chaque personne :

  • pour les enfants et adolescents : de « constituer une masse osseuse maximale »,
  • pour les adultes : de « conserver un squelette en bonne santé et éviter la perte osseuse prématurée »,
  • pour les personnes âgées : de « préserver la mobilité et l’autonomie ».

Par ailleurs, les auteurs rappellent que la santé osseuse commence avant même la naissance, et qu’il est donc important que l’alimentation maternelle contribue à optimiser le développement du squelette de l’enfant.

Les nutriments indispensables

La brochure rappelle les nutriments indispensables à la croissance et à la santé des os :

  • le calcium (99% du calcium du corps – 1 kg pour un adulte – se trouve dans les os),
  • la vitamine D (absorption du calcium, renouvellement et minéralisation de l’os),
  • les protéines (pour la constitution de la masse osseuse maximale et pour sa préservation, nécessaire pour l’entretien de la masse musculaire),
  • la vitamine K,
  • le magnésium,
  • le zinc,
  • les caroténoïdes.

Pour les jeunes

Le pic de constitution osseuse se situe à 14 ans pour les garçons et à 12 ans et demi pour les filles, périodes où les besoins en calcium et en protéines sont maximaux. En outre, la moitié de la masse osseuse se constitue à l’adolescence.

La brochure rappelle les besoins journaliers en nutriments essentiels préconisés par l’Institut Américain de Médecine (IOM) :

Âge

1-3 ans

4-8 ans

9-13 ans

14-18 ans

Calcium 700 mg 1000 mg 1300 mg 1300 mg
Protéines 13 g 19 g 34 g 46 g (filles)/52 g (gars)

Ainsi que 600 UI (Unités Internationales) de vitamine D.

Enfin, l’exercice physique régulier augmente significativement la masse osseuse.

Pour les adultes

Il s’agit de conserver sa masse osseuse :

  • par l’alimentation (calcium, protéines, vitamine D, micronutriments importants),
  • par des exercices de renforcement musculaire,
  • en évitant les habitudes néfastes (tabagisme, alcool excessif).

Les apports en calcium peuvent être couverts par exemple par :

  • des produits laitiers,
  • du tofu riche en calcium,
  • des boissons enrichis en calcium ou des eaux minérales riches en calcium,
  • des céréales complètes, des noix et fruits secs,
  • les légumes riches en calcium (comme le cresson, les brocolis, gombo), ainsi que pois chiches, lentilles et haricots blancs…

La brochure rappelle les difficultés à atteindre les besoins en vitamine D et la nécessité d’un apport suffisant en protéines animales ou végétales (0,8 g de protéines/kg de poids corporel).

Pour les seniors

Il s’agit de conserver des os solides et de préserver les fonctions musculaires afin de réduire les risques de chutes et de fractures.

Avec l’âge, la malnutrition fait souvent son apparition, notamment parce que les capacités d’absorption intestinales diminuent. Il est important d’augmenter les doses de vitamine D, de calcium et de protéines.

La brochure rappelle les besoins journaliers en nutriments essentiels préconisés par l’Institut Américain de Médecine (IOM) :

Âge

AJR en calcium

AJR en vitamine D

AJR en protéines

51 – 70 ans

Femme

1200 mg/j

600 UI

46 g/j

51 – 70 ans

Homme

1000 mg/j

600 UI

56 g/j

> 70 ans

Femme

1200 mg/j

800 UI

46 g/j

> 70 ans

Homme

1200 mg/j

800 UI

56 g/j

En outre l’exercice physique renforcent la coordination et l’équilibre.

Pour les personnes à risque sévère

La brochure rappelle que « il existe de nombreux traitements éprouvés et efficaces associés à la réduction du risque de fracture ostéoporotique de 30 à 50 % ».

Pour terminer, le livret mentionne l’importance de la modération en matière d’alcool et de caféine, les risques encourus par les personnes souffrant de maladie coeliaque, la nécessité de compenser les apports en calcium pour les personnes ayant une mauvaise digestion ou une intolérance au lactose.

Conclusion

Cette brochure fait le point de manière claire sur l’ensemble des connaissances nutritionnelles utiles pour la prévention de l’ostéoporose :

Les lecteurs habituels du blog n’apprendront rien de révolutionnaire. Mais la révolution n’est pas le propos de cette brochure, qui s’adresse au grand public.

On peut néanmoins regretter que cette publication, qui date du premier semestre 2015, n’intègre pas les recommandations de prudence vis-à-vis du lait liquide (non fermenté). On sait que des études récentes sur des cohortes importantes ont montré qu’il est néfaste, à long terme, pour la santé des os et la santé générale (indépendamment des éventuels problèmes de digestion).

Il manque également un rappel de la nocivité du sel (NaCl) en trop grande quantité dans notre alimentation. Compte tenu des quantités de sel ingérées quotidiennement dans nos pays (2 ou 3 fois la dose nécessaire à la vie) et des conséquences sur les os et les reins, une recommandation de modération aurait été la bienvenue.

Sources

Préserver la solidité osseuse tout au long de la vie, International Osteoporosis Foundation, Nyon (Suisse), 2015

Dietary Approaches for Bone Health: Lessons from the Framingham Osteoporosis Study,

Shivani Sahni, Kelsey M. Mangano, Robert R. McLean, Marian T. Hannan, Douglas P. Kiel

Current Osteoporosis Reports, Août 2015, Volume 13, N° 4, pp 245-255

Milk intake and risk of mortality and fractures in women and men: cohort studies

K. Michaëlsson et alii, BMJ 2014;349:g6015


Pourquoi nous ne prenons pas bien soin de nos os

Nos grands mythes autour de l'ostéoporoseRésumé :

Plus de la moitié des femmes auront des fractures après 50 ans. Pourtant, le lien avec l’ostéoporose n’est pas clair dans l’esprit de la plupart de nos contemporaines. Néanmoins, les apports en calcium et en vitamine D ont beaucoup progressé d’une manière générale. Mais quand les os sont vraiment affaiblis, il est un peu tard pour la prévention : il s’agit de consolider le squelette à court terme pour éviter les fractures. Et les malades n’y pensent pas (ou ne veulent pas y penser)…

Si peu de prévention volontaire

Les rhumatologues le savent depuis longtemps, et l’écrivent noir sur blanc depuis des années dans leurs revues scientifiques : il est possible de prévenir et d’éviter l’ostéoporose et ses conséquences.

Cela peut se faire par l’alimentation, l’exercice physique, la supplémentation et aussi, en dernière extrémité, par les traitements médicamenteux…

Pour autant les personnes concernées sont fort peu nombreuses à s’en préoccuper à temps comme le montrent les statistiques internationales ou françaises : à 70 ans, 94% des femmes françaises vivant dans des grandes villes ont des os affaiblis (ostéoporose ou ostéopénie)…

Nous savons toutes et tous qu’il y a du danger pour nous et que nous risquons d’en souffrir cruellement par des fractures douloureuses, voire mortelles. Comment se fait-il alors que, d’une manière générale, nous fassions si peu pour nous prémunir et conserver les os que nous méritons ?

Des croyances erronées…

On sait que cela provient en partie du manque de connaissances de l’ostéoporose qu’ont les personnes concernées.

On sait également que beaucoup de futur(e)s malades estiment que la maladie est inévitable et que c’est une simple conséquence du vieillissement chez les femmes âgées. De ce fait, ces personnes ne feront rien, ou pas grand chose, en matière de prévention…

On sait en effet, depuis quelques années, que nous faisons d’autant plus de prévention que nous estimons :

  • que nous avons un risque,
  • et que nous croyons que nous pouvons y faire quelque chose de manière suffisamment simple.

Or, la plupart des femmes estiment, à tort, que d’autres maladies graves sont plus susceptibles de leur arriver que l’ostéoporose. Elles minorent considérablement les risques de fractures ostéoporotiques dont plus de la moitié d’entre elles souffrira après 50 ans.

Une enquête australienne

Pour approfondir cette question, des médecins australiens ont réalisé une étude qui a été publiée dans la presse scientifique en 2014.

Pour répondre à la dite question, ils ont interrogé, entre 2007 et 2010, 3011 femmes australiennes. Elles n’étaient pas traitées pour l’ostéoporose à l’origine de l’étude.

Ils voulaient savoir, si, en fonction de leur niveau de préoccupation au sujet de l’ostéoporose et des fractures, ces femmes allaient s’engager dans des comportements de prévention et de soins (suppléments de vitamine D et de calcium, informations sur l’ostéoporose et sur les tests de densité osseuse, information sur les traitements médicamenteux…).

L’ostéoporose : une maladie théorique ?

1095 australiennes, d’âge moyen 66 ans, ont fourni des réponses exploitables.

71% des personnes qui ont répondu se sentaient concernées par l’ostéoporose sans pour autant penser personnellement devoir être touchées par la maladie ou les fractures.

Toutefois, les australiennes qui se sentaient concernées par l’ostéoporose ne ressentaient pas plus de risque de maladies et de fractures que la moyenne de la population interrogée.

Par contre, le fait de se sentir concerné, entraînait une demande accrue de conseil médical, de mesure de la densité osseuse, et de traitements.

Pour autant, en raison de grandes campagnes médiatiques, plus de la moitié des femmes interrogées prenaient des suppléments de calcium ou de vitamine D. Ainsi, 65% de celles qui perçoivent un risque personnel en prennent, contre 48% de celles qui n’en perçoivent pas. Ce n’est pas une très grande différence, qui peut s’expliquer par le fait qu’une partie des femmes interrogées s’estiment protégées par le supplément qu’elles prennent.

Curieusement, les femmes qui estiment avoir des risques supérieurs d’ostéoporose, pensent qu’elles n’ont pas plus de risque que les autres femmes d’avoir des fractures…

En outre, celles qui ont été diagnostiquées avec une ostéoporose sont peu nombreuses (22%) à estimer qu’elles ont des risques de fracture supérieurs à ceux des autres femmes.

D’autres études ont d’ailleurs montré que des femmes qui avaient subi une fracture de fragilité ne faisaient pas clairement le lien avec l’ostéoporose dont elles souffraient pourtant.

Il semble que, dans l’esprit de nos contemporaines australiennes, les fractures et l’ostéoporose n’aient pas grand-chose à voir ensemble… Comme si l’ostéoporose était une sorte de fragilité théorique, alors que les fractures sont le résultat d’un concours de circonstances malheureux.

Conclusion

Certains comportements préventifs contre l’ostéoporose ont beaucoup progressé depuis quelques années.

Cela montre que progressivement, nous nous sentons de plus en plus concernés par la probabilité d’une telle maladie.

Pour autant, l’ostéoporose reste, pour la majorité des adultes, une maladie théorique d’affaiblissement des os.

En pratique, nous ne faisons pas le lien entre cette maladie et les risques de fracture qui y sont liés.

De manière surprenante, les personnes qui se sentent concernées par les risques d’ostéoporose ne se sentent pas plus concernées que les autres par les risques de fractures.

De ce fait, la prévention des fractures, qui à un certain stade implique un traitement médical, se fait mal.

Compte tenu des inconvénients de ces traitements, il vaut mieux, bien sûr, éviter d’en arriver là…

La prévention progresse, et c’est une bonne chose !

Toutefois, la prévention est encore quelque peu anarchique. Rares, en effet, sont les personnes qui mettent en œuvre de manière systématique toutes les bonnes pratiques :

Sources :

Concern and Risk Perception: Effects on Osteoprotective Behaviour, A. L. Barcenilla-Wong, J. S. Chen, and L. M. March, Journal of Osteoporosis, Volume 2014 (2014), Article ID 142546, 10 pages

“Vitamin D with calcium reduces mortality: patient level pooled analysis of 70,528 patients from eight major vitamin D trials” L. Rejnmark, A. Avenell, T. Masud et al., The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, vol. 97, no. 8, pp. 2670–2681, 2012.

“An evidence-informed strategy to prevent osteoporosis in australia an outline of the building healthy bones throughout life white paper,” P. R. Ebeling, R. M. Daly, D. A. Kerr, and M. G. Kimlin, Medical Journal of Australia, vol. 198, supplement 1, no. 2, pp. 90–91, 2013.

L’ostéoporose est-elle mortelle ?


L’ostéoporose est-elle mortelle ?

Prévenir ou guérir

Résumé :

L’ostéoporose diminue fortement l’espérance de vie en raison, notamment, des conséquences des fractures. Les traitements médicaux permettent de faire face à l’urgence et diminuent les risques de fractures, au prix d’effets secondaires parfois importants chez une petite minorité de malades. Plutôt que « guérir », mieux vaut donc prévenir très tôt en renforçant son ossature (calcium, magnésium, vitamine D, sel et exercice physique)…

Des perspectives glaçantes…

Tout le monde sait que l’on peut mourir des conséquences d’une ostéoporose.

Par exemple, nous savons que les suites d’une fracture de la hanche sont gravissimes.

Une fraction importante de personnes ayant subi une fracture de la hanche (très souvent liée à une ostéoporose) décède rapidement : 1 femme sur 5 et 2 hommes sur 5 décèdent dans l’année qui suit cette fracture selon une étude de 2013.

En outre, la durée de vie des fracturés de la hanche est réduite en moyenne de 4 ans pour les femmes et de 5 ans pour les hommes relativement à des populations comparables…

D’autres études ont également montré une diminution significative de l’espérance de vie chez les personnes ayant subi une fracture vertébrale, ou une fracture de l’avant-bras…

Une diminution rapide de la densité osseuse, ou même une densité osseuse faible (ostéopénie), sont également des facteurs ayant un impact négatif sur l’espérance de vie.

Soigner les os poreux…

Il est donc important de traiter les personnes ayant des os fragiles, les personnes atteintes d’une ostéoporose.

Un médecin spécialiste titrait d’ailleurs un de ses articles dans la presse professionnelle : « Ostéoporose : traiter ou faire décéder deux fois plus ».

Certes, les médicaments qui permettent de traiter l’ostéoporose peuvent avoir des effets secondaires fort éprouvants et même très graves. Et il est particulièrement injuste de subir ces effets quand on est sous traitement.

Grandeur et servitude des médicaments

Mais les malades ne sont pas traités pour le simple plaisir de les traiter, pour une volonté de leur faire dépenser leur argent, ou celui de la Sécurité Sociale. Si les médicaments (malgré les inconvénients qu’ils présentent) sont utilisés, s’ils sont autorisés, c’est que leurs bénéfices surpassent leurs inconvénients pour la grande majorité des patients.

Un traitement bien mené va en effet permettre de réduire les risques de fractures. Un traitement bien mené, c’est un traitement ajusté en fonction des tolérances du patient, en fonction de ce que sa biologie accepte et n’accepte pas. C’est un traitement mis en place et ajusté en accord entre le patient et son médecin.

C’est en effet sur le critère de réduction des risques de fractures que les médicaments sont homologués : les études réalisées montrent des réductions de risques d’environ 40%. Une division par deux ou presque, ce qui est loin d’être négligeable.

Ce n’est certes pas la panacée, et les médicaments ne vont pas permettre au patient de guérir, c’est-à-dire de récupérer des os en parfait état : le patient aura des os consolidés, un peu comme un mur que l’on aurait renforcé en y ajoutant du ciment et des étais…

Les faiblesses seront réduites, mais ne seront pas éliminées…

Le médecin va agir comme un réparateur d’urgence (pour éviter les aggravations brutales). Il ne peut pas agir comme un architecte qui a tout son temps pour restaurer un bâtiment ancien…

Prévenir plutôt que guérir

C’est pour cela que nous avons tous intérêt à nous y prendre à l’avance, pour éviter d’être contraint dans une situation d’urgence. Car dans de telles circonstances, il faut prendre des décisions douloureuses mais indispensables, compte tenu de l’état des lieux, compte tenu de l’état du squelette…

Et pour s’y prendre à l’avance, il n’est jamais trop tôt : nous pouvons prendre les bonnes habitudes pour compenser les déficits trop fréquents qui conduisent à l’ostéopénie, puis à l’ostéoporose.

On sait en effet, selon les études de l’ANSES, que :

Les recommandations sont simples : adaptons nos consommations de calcium, de magnésium, de vitamine D, de sel et bougeons-nous !

Sources :

Osteoporosis: Treat or Let Die Twice More Likely, Tuan V Nguyen, Ego Seeman,

Journal of Bone and Mineral Research, Volume 30, Issue 9, pages 1551–1552, septembre 2015

Life Expectancy in Patients Treated for Osteoporosis: Observational Cohort Study Using National Danish Prescription Data, Bo Abrahamsen,Clive Osmond, Cyrus Cooper,

Journal of Bone and Mineral Research, Volume 30, Issue 9, pages 1553–1559, September 2015

Excess mortality attributable to hip-fracture: a relative survival analysis. Frost SA, Nguyen ND, Center JR, Eisman JA, Nguyen TV.

Bone. 2013; 56(1):23–9.

Pongchaiyakul C, Nguyen ND, Jones G, Center JR, Eisman JA, Nguyen TV. Asymptomatic vertebral deformity as a major risk factor for subsequent fractures and mortality: a long-term prospective study. J Bone Miner Res. 2005; 20(8):1349–55.

Nguyen ND, Center JR, Eisman JA, Nguyen TV. Bone loss, weight loss, and weight fluctuation predict mortality risk in elderly men and women. J Bone Miner Res. 2007; 22(8):1147–54.

Browner WS, Seeley DG, Vogt TM, Cummings SR. Non-trauma mortality in elderly women with low bone mineral density. Study of Osteoporotic Fractures Research Group. Lancet. 1991; 338(8763):355–8.

2

Vous pouvez contrecarrer les conséquences de l’âge sur votre squelette

Combattre le vieillissementRésumé

Quand nous prenons de l’âge, nos fonctions corporelles se dégradent si nous ne les entretenons pas soigneusement : la fabrication de l’os devient plus difficile, et notre squelette se déminéralise. Nous pouvons contrarier cette dégénérescence en adoptant des comportements protecteurs (alimentation, exercice physique, sobriété, hygiène mentale…) et en augmentant nos apports en calcium, vitamine D, moins efficaces avec le temps.

L’ostéoporose est évitable

Nous savons que les personnes âgées sont plus particulièrement touchées par l’ostéoporose.

Nous savons aussi qu’une étude de 1998 nous a appris que 94% des femmes de plus de 70 ans ont des os fragiles dans les grandes villes françaises.

Nous savons également que certains considèrent (à tort) que l’ostéoporose est une maladie du vieillissement, donc une maladie inévitable.

Nous allons voir que le vieillissement mal piloté peut effectivement entraîner un affaiblissement des os, et que nous pouvons l’éviter par des mesures adaptées.

Des fonctions biologiques à préserver

Avec le temps, un certain nombre d’organes évoluent, des processus biologiques se transforment.

En fait, tout notre corps évolue, toutes nos fonctions se modifient plus ou moins, en partie en fonction de notre héritage génétique, en partie en fonction des contraintes que nous avons subies plus ou moins volontairement.

Cela concerne aussi bien l’absorption intestinale des nutriments indispensables, la production spécifique de certains oligoéléments, le transport et l’utilisation des matériaux d’entretien et de reconstruction, le fonctionnement des cellules qui entretiennent les os, l’excrétion rénale des nutriments solubles…

Du calcium moins bien absorbé

Ainsi, l’absorption des minéraux peut varier considérablement avec le temps. On a montré, dans des expériences relativement récentes, que si l’absorption du magnésium était peu modifiée par l’âge, celle du calcium pouvait diminuer considérablement. Ceci explique, entre autres, pourquoi nos autorités médicales recommandent aux femmes d’augmenter leur consommation de calcium avec l’âge. Il s’agit de compenser la baisse du taux d’absorption par une plus grande quantité absorbée.

Pour autant, les enquêtes nutritionnelles françaises et européennes montrent de puis longtemps que les apports en calcium sont très insuffisants, en particulier chez les plus âgés d’entre nous.

Une insuffisance de production de vitamine D

Les sources alimentaires sont très insuffisantes pour produire la vitamine D nécessaire au bon fonctionnement du corps.

En été, nous pouvons compenser par une exposition suffisante au soleil, mais en hiver, les rayons UVB utiles à la production de vitamine D par la peau sont arrêtés par l’atmosphère.

De plus, comme la peau a tendance à diminuer en épaisseur avec l’âge, la production de vitamine D devient de moins en moins abondante et aboutit à des déficits très importants, et ce d’autant plus que de nombreuses personnes sortent peu, ou évitent de s’exposer au plein soleil…

Des voies de transport obstruées

Même si nous avons peu de mauvais cholestérol, il est très difficile (mais pas impossible) d’empêcher le dépôt de plaques d’athérome sur nos artères : le processus commence dès l’adolescence et perdure toute la vie.

Avec le temps, nos artères sont plus ou moins encombrées, plus ou moins épaissies, ce qui rend difficile le transport et la livraison des matériaux d’entretien et de reconstruction à l’intérieur de nos os, et en particulier du calcium et de la vitamine D.

Les bâtisseuses d’os se fatiguent…

Le fonctionnement des ostéoblastes (les cellules qui fabriquent l’os) devient plus difficile à partir de 50 ans, environ. Deux familles de causes sont connues : d’une part, des modifications du microenvironnement des ostéoblastes (notamment la concentration en hormones et en facteur de croissance), et d’autre part des mécanismes intrinsèques liés aux dysfonctionnements internes et progressif des cellules. Toutefois, l’évolution individuelle des cellules est loin d’être identique, et si certaines cellules peuvent avoir rapidement des dysfonctionnements, d’autres peuvent fonctionner de manière très efficace beaucoup plus longtemps…

Les reins font des erreurs !

Avec le temps, les reins fatigués ont tendance à éliminer trop rapidement le calcium qui circule dans le sang, ce qui laisse moins de calcium pour la reconstitution des os. Pour compenser, le corps peut procéder soit par une absorption accrue de calcium dans les aliments (s’il y en a suffisamment), soit par une utilisation du calcium emmagasiné dans les os (ce qui accélère l’ostéopénie, puis l’ostéoporose). Comme nous avons déjà vu que les apports de calcium dans l’alimentation étaient trop faibles et que l’absorption diminuait avec l’âge, il est évident que le déficit s’aggrave avec le temps…

En outre, pour que la vitamine D soit parfaitement utilisable par le corps, il est nécessaire qu’elle soit hydroxylée par les reins. Or, avec l’âge, ceux-ci peuvent devenir paresseux et transforment de moins en moins de vitamine D, et ce d’autant plus qu’il manque de la matière première (puisque nous sommes tous en déficit en automne et en hiver)…

Prenons soin de nous

Ainsi donc, progressivement, le corps mal entretenu utilise de moins en moins bien des matériaux qui lui sont fournis en quantité de plus en plus faible.

Les remèdes sont pourtant simples :

  • si l’on a quelques années devant soi (et c’est le cas de l’immense majorité d’entre nous), il est temps de commencer à mettre en place des mécanismes de protection de nos fonctions vitales en adoptant une nutrition adaptée (proche du régime crétois), et de l’exercice physique, en supprimant la fumée (et particulièrement le tabac) et en limitant drastiquement l’alcool, et surtout en prenant particulièrement soin de son hygiène mentale…
  • pour tous, il conviendra également de veiller à des apports suffisants de calcium (de magnésium) et de vitamine D, en se rappelant que plus l’âge avance, plus il est important d’y faire attention, car ils sont moins bien utilisés, et qu’il est donc important d’en fournir un peu plus que beaucoup trop peu, comme c’est le cas pour la grande majorité d’entre nous.

Sources :

The effect of aging on intestinal absorption and status of calcium, magnesium, zinc, and copper in rats: a stable isotope study.

Coudray C, Feillet-Coudray C, Rambeau M, Tressol JC, Gueux E, Mazur A, Rayssiguier Y

Journal of Trace Elements in Medicine and Biology : Organ of the Society for Minerals and Trace Elements (GMS) [2006, 20(2):73-81]

Senescence-associated intrinsic mechanisms of osteoblast dysfunctions.

Kassem M1, Marie PJ.

Aging Cell. 2011 Apr;10(2):191-7.

Calcium and vitamin D nutrition and bone disease of the elderly.

Gennari C1.

Public Health Nutr. 2001 Apr;4(2B):547-59.

2

10.000 personnes suivies : quelles leçons en tirer pour la santé de nos os ?

Résumé

Depuis 1948, la santé de 10.000 personnes est analysée très finement. Un article récent tire des conclusions quant à la santé de nos os. Il suggère de favoriser les fruits et les légumes, les produits de la mer, certains produits laitiers bien choisis (yaourts) : vivent les régimes crétois et méditerranéens !

Les os et l'alimentation

L’étude de FRAMINGHAM

Connaissez-vous la petite ville de Framingham, aux Etats-Unis ?

Elle compte 70.000 habitants et se situe dans le Massachussets à 30 km à l’ouest de Boston.

Cette ville est particulièrement intéressante. En effet, c’est là que depuis 1948, la santé d’une partie de la population est suivie de manière très précise. Il s’agit de comprendre les facteurs qui aggravent les maladies de dégénérescence, en général. Et particulièrement, les maladies cardiovasculaires et l’ostéoporose.

L’étude longitudinale sur l’Ostéoporose

L’étude « Framingham » sur l’ostéoporose a été réalisée à partir d’un échantillon de plus de 10.000 personnes de 26 à 96 ans. Elle a permis de mieux comprendre quels sont les aliments qui protègent notre ossature et nous évitent l’ostéoporose et l’ostéopénie. La mesure de la santé osseuse a été faite sous forme de densité minérale osseuse, qui n’est pas le seul paramètre de la solidité osseuse, mais en reste le principal.

Un article scientifique rédigé par plusieurs médecins de l’école de santé publique de Harvard en donne les enseignements principaux.

Ils traitent des fruits et des légumes (et leurs nutriments : vitamine C, caroténoïdes, folates et vitamine B12, vitamine K, potassium, magnésium et régimes alimentaires alcalins), des fruits de mer (acides gras oméga-3), des produits laitiers et de leurs protéines, des boissons alcoolisées (bière et silicium, vin et resvératrol), des familles de régimes alimentaires et de l’effet génétique de la nutrition…

Les conclusions sont souvent très nuancées… et nous allons voir les principaux enseignements que l’on peut en tirer.

Vivent les fruits et les légumes !

Pour les fruits et légumes, l’article confirme leur intérêt pour la santé osseuse en raison de leur contenu en nutriments favorables.

Ainsi, la vitamine C apparaît avoir un effet positif sur la santé des os, et cet effet se ferait sentir y compris au-delà des recommandations officielles (cela concerne aussi les recommandations françaises 110 mg/j qui sont déjà supérieures aux recommandations américaines).

Les résultats sur les caroténoïdes suggèrent un effet positif sur les os avec un effet particulièrement probant pour le lycopène.

Sur le plan osseux (l’article ne traite que de cela), les folates et la vitamines B12 ne semblent pas avoir d’effet mesurable.

Toujours sur le plan osseux, la vitamine K (ou plutôt les vitamines K) n’a, au mieux, qu’un effet modeste.

Le potassium et le magnésium ont un effet significatif et positif sur la santé osseuse. L’article signale toutefois qu’une surcharge en potassium peut entraîner une rétention du calcium par les reins.

Pour ce qui concerne l’acidité du régime alimentaire, les auteurs écrivent prudemment que, à l’exception des hommes âgés, la charge acide alimentaire n’a pas d’impact sur la santé osseuse.

Consommez beaucoup de produits marins !

L’étude a montré que les personnes qui consomment du poisson plus de trois fois par semaine amélioraient leur santé osseuse en quatre ans alors que ceux qui en consommaient moins perdaient de la densité osseuse.

Le rôle des acides gras polyinsaturés semble complexe avec des effets différents suivant les sexes, qui nécessitent des études complémentaires pour analyser le bon rapport nécessaire entre les oméga-3 et les oméga-6 qui semblent tous nécessaires à des doses adéquates à affiner.

Choisissez soigneusement vos produits laitiers (et préférez les yaourts)…

Les personnes qui consomment des laitages en général ont presque deux fois moins de fractures que celles qui n’en consomment pas.

Les preuves de l’intérêt du lait liquide pour les adultes semblent peu convaincantes aux auteurs.

Par contre, les personnes qui consomment des yaourts tendent à renforcer certains os, alors que la crème aurait tendance à en affaiblir d’autres.

Ce qui est fort intéressant, c’est que ces résultats convergent avec ceux de l’étude suédoise publiée en octobre 2014 dans le British Medical Journal (suivi de la santé osseuse et générale de 100.000 personnes sur 10 à 20 ans) et dont nous avons précédemment rendu compte dans un autre article.

Les protéines : ni trop, ni trop peu, mais avec du calcium !

L’étude de Framingham a montré une association entre faible consommation de protéines et perte osseuse.

Les auteurs indiquent que « les résultats suggèrent que de plus grandes consommations de protéines sont favorables à la densité osseuse et protègent contre les risques de fractures les adultes qui ont un apport de calcium adéquat ». Il est donc important d’avoir à la fois des apports suffisants en protéines et en calcium.

Les boissons alcoolisées

Il est apparu que l’effet favorable du silicium (que l’on trouve dans la bière, mais également dans l’eau et dans beaucoup d’autres aliments comme les pommes, et certains céréales complètes comme le riz, le blé ou l’avoine…) sur les os était significatif.

Les études menées sur le vin rouge montrent un effet positif limité à une consommation modérée, et lié au resvératrol (je rajouterai, à titre personnel, qu’on le trouve également dans le raisin, le jus de raisin, les raisins secs, le cacao, la canneberge, l’arachide, la rhubarbe, la mûre, la grenade…).

Régimes alimentaires : toujours le régime méditerranéen !

Les études ont classifié les régimes alimentaires en 6 catégories (1 – viande, laitages et pain, 2 – viandes et préparations sucrées, 3 – préparations sucrées, 4 – alcool, 5 – sucreries, 6 – fruits, légumes et céréales) et ont montré la supériorité du régime 6 – fruits, légumes et céréales pour la santé osseuse.

Par ailleurs, la viande rouge et les plats industriels fragilisent les os aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Et la nutrigénétique ?

Il s’agit d’étudier comment le patrimoine génétique d’une personne influence la réponse à son alimentation et peut entraîne des problèmes de santé.

Il est apparu que selon le profil génétique, le calcium, la vitamine B et les lipides pouvaient avoir des effets différents…

Les auteurs concluent que « la nutrition va également devenir personnalisée, en fonction des caractéristiques génétiques ».

Conclusion

Les auteurs concluent que « différentes études ont prouvé l’intérêt des fruits et légumes, des produits de la mer, de certains produits laitiers, et de boissons alcoolisées, avec modération, sur la santé osseuse ».

Bref, vive le régime crétois en particulier et les régimes méditerranéens qui sont très proches de ces recommandations !

Nous le savions déjà et les études les plus structurées le confirment.

Nous voilà nantis des meilleures recommandations scientifiques existantes sur la prévention alimentaire de l’ostéopénie et de l’ostéoporose : PROFITONS-EN !!!

Source :

Dietary Approaches for Bone Health: Lessons from the Framingham Osteoporosis Study,

Shivani Sahni, Kelsey M. Mangano, Robert R. McLean, Marian T. Hannan, Douglas P. Kiel

Current Osteoporosis Reports, Août 2015, Volume 13, N° 4, pp 245-255

Milk intake and risk of mortality and fractures in women and men: cohort studies

K. Michaëlsson et alii

BMJ 2014;349:g6015


Magnésium : comment savoir si vous en avez suffisamment

Résumé :

Le déficit en magnésium est trop courant, et les examens courants de laboratoire ne peuvent le mettre en évidence simplement. Un bon compromis, actuellement, est le « test thérapeutique de charge ». Il s’agit, dans un premier temps, de se supplémenter raisonnablement (< 250 mg/j) pendant plusieurs semaines et de vérifier si les symptômes sensibles de déficit disparaissent.

Métabolisme magnésiumDes déficits beaucoup trop fréquents

Les enquêtes alimentaires montrent régulièrement qu’une fraction importante de la population (et la majorité des femmes) manque de magnésium

Or on sait que le magnésium est un élément extrêmement important pour le bon fonctionnement de notre métabolisme, car :

Des déficits qui sont fort mal repérés

Il ne faut alors pas s’étonner que nous souffrions régulièrement de troubles, de malaises, de mal-être, et de douleurs invalidantes ou gênantes… sans pour autant que nous soyons franchement malades.

Pour autant, quand nous faisons une analyse sanguine, il est rare que le laboratoire mette en évidence un déficit sanguin de magnésium… En effet, le magnésium sanguin (prioritaire dans l’affectation des ressources) ne signale de déficits que quand ceux-ci sont très élevés et que les réserves sont très basses. Et beaucoup de nos généralistes en concluent souvent que tout va très bien comme cela du côté du magnésium.

Il est toutefois intéressant de noter que les médecins spécialistes de la question ne partagent pas tout à fait ce point de vue. Différentes publications plus ou moins récentes permettent de mettre en évidence des déficits significatifs en magnésium malgré des taux sanguins parfaitement normaux.

Comment cela est-il possible ?

Un magnésium inaccessible et caché

Cela provient du fait que le magnésium ionisé (Mg2+) dissout dans le sang ne représente qu’environ 1% des réserves totales de notre corps en magnésium (environ 25 g). Plus d’un tiers du magnésium se trouve à l’intérieur des cellules dans différents organes, et le reste se trouve dans la structure de nos os…

Les médecins ont démontré que l’on pouvait être en déficit érythrocytaire (dans les globules rouges) alors que les analyses plasmatiques (dans le liquide du sang) étaient normales.

Différents types de tests

Pour pallier aux insuffisances des examens courants, les médecins ont mis au point différents examens plus complexes et notamment :

  • test de charge par perfusion,
  • test thérapeutique de charge,
  • test urinaire…

Test de charge par perfusion

Le test de charge par perfusion est considéré comme le plus précis, mais également comme le plus complexe à mettre en œuvre. Il consiste à injecter pendant plusieurs heures sous forme de perfusion une dose de magnésium directement dans le sang du patient et à mesurer ensuite l’excrétion du magnésium dans les urines pendant 24 à 48h. Si le patient avait des réserves de magnésium faible, il va les reconstituer à la faveur de la perfusion et les rejets urinaires vont être faibles. Par contre, si le patient avait des réserves suffisantes, l’essentiel du magnésium va être rejeté.

C’est un test réalisé dans les services hospitaliers spécialisés et très peu praticable en routine.

Test thérapeutique de charge

Le test thérapeutique de charge (Dr Thérèse Ducroux, Hôpital des Enfants Malades) consiste à faire absorber par voix orale une dose de magnésium (100 à 200 mg/jour suivant le poids du patient) et, éventuellement, de vitamines B6 pendant deux à quatre mois et de vérifier si les symptômes disparaissent. Une deuxième vérification consiste à arrêter le traitement et à constater si les symptômes réapparaissent au bout de deux mois environ.

C’est donc un test assez empirique, mais qui peut être très efficace…

L’inconvénient majeur de cette méthode est qu’elle est basée sur les sensations (sur des réactions biologiques à impact rapide, dans le meilleur des cas) et qu’elle ne permet absolument pas de vérifier si besoins structurels (ceux qui sont les moins prioritaires) sont couverts.

Test urinaire

Le test urinaire permet de vérifier que les excrétions (en l’absence de problèmes physiologiques – reins notamment) sont dans une fourchette acceptable estimée de 150 mg par jour (plancher) à 200 (voire 250) mg/j (plafond), ce qui ne représente qu’une fraction du magnésium alimentaire puisque plus de la moitié est évacuée directement par les selles.

C’est un test qui peut être réalisé en laboratoire d’analyses médicales de quartier, sous réserve que le patient recueille soigneusement ses urines de 24h.

En l’absence de moyen de mesure simple de la concentration en magnésium, ce test n’est pas utilisable à domicile.

Rappelons au passage que la France et l’Union Européenne ont fixé une limite maximale journalière de consommation sous forme de supplément à 250 mg/jour pour les adultes.

Pour mémoire, il convient de citer également qu’il existe d’autres tests visant à mesurer la concentration en magnésium directement à l’intérieur des cellules… Ils ne sont utilisés qu’en laboratoires de recherche.

Conclusion

Au final, à titre individuel, le « test thérapeutique de charge » peut être utilisé qui consiste simplement à prendre un supplément de 100 à 200 mg/jour (selon le poids) et à constater si la situation s’améliore sur le plan des symptômes à court terme de déficit en magnésium.

C’est souvent ce que font la majorité des personnes sensibilisées à cette question : c’est la meilleure méthode actuellement.

En veillant à une absorption suffisante de magnésium, nous nous porterons beaucoup mieux, et nous prendrons soin de la santé de nos os en contribuant à prévenir l’ostéopénie et, a fortiori, l’ostéoporose…

Sources :

Magnésium et activité physique,

Dr Rainer W. Bielinski,

Rev Med Suisse 2006, n° 74, 26/07/2006

Dossier : Le magnésium

Pr Dr Isabelle ROYER, Service de Médecine Interne, Hôpital Avicenne – Bobigny 22/05/2000

Le magnésium aujourd’hui et demain !

Dr Fabienne Joanny

De Borée, 2015

Équilibre hydro-électrolytique

Dr Philippe DEQUIEDT

Lavoisier, 2011

2

Les 6 fonctions biologiques majeures du calcium et les conséquences de son déficit

Métabolisme du calciumRésumé

De nombreux processus biologiques utilisent du calcium dans le plasma, les cellules, les os… Les os ne sont pas prioritaires dans la distribution : en cas de déficit d’absorption de calcium, les processus prioritaires vont puiser le calcium nécessaire dans les os. Ils les affaiblissent progressivement sans que nous le sentions : il est trop tard quand nous nous en rendons compte…

Un minéral indispensable

Sur nos 50 à 80 kg de poids, il y a environ 1 kg de calcium dans notre corps soit 1,5%. Ce kg de calcium va se répartir entre notre squelette (990 g), nos cellules (9 g) et les liquides extra-cellulaires (1 g). Les échanges entre les liquides extra-cellulaires et les os représentent environ 400 mg/jour.

Le calcium nous permet notamment de :

  • faire fonctionner nos cellules nerveuses (mémorisation, transmission de l’influx nerveux…),
  • contracter nos muscles,
  • produire de la salive,
  • permettre la croissance cellulaire,
  • entretenir la fertilité,
  • minéraliser nos os…

Un problème de baignoire… ou de tonneau des danaïdes…

En permanence, nous perdons du calcium, en particulier par les reins (100 à 400 mg/jour)… et même si nous n’en avons pas suffisamment : il y a des fuites incompressibles !

Il nous est donc indispensable d’en apporter suffisamment par l’alimentation pour compenser les fuites.

Mais la biodisponibilité du calcium est relativement faible : elle varie de 5% (épinards) à 60% (brocoli) en passant par 30% pour les produits laitiers : il nous font donc environ 3 à 4 fois plus de calcium que nous n’en éliminons par les urines. Les deux tiers du calcium que nous consommons est rejeté directement par le rectum (berk…).

Une régulation très fine

Une fois dans les intestins, le calcium va pénétrer progressivement sous forme ionique dans le sang et se diffuser dans tout le liquide extra-cellulaire, puis les cellules, puis les os…

La régulation du calcium dans le plasma est très fine et évolue dans d’étroites limites.

S’il y a beaucoup de calcium, une partie est utilisée pour renforcer le squelette (si nécessaire) et le surplus non utilisé est éliminé dans les urines : les fuites augmentent (pour simplifier).

S’il y a peu de calcium, une hormone (PTH ou parathormone) ordonne aux reins de diminuer l’élimination (mais les fuites ne sont jamais nulles), ordonne immédiatement aux os de dissoudre rapidement du calcium, ordonne aux reins de « libérer » de la vitamine D utile pour favoriser une augmentation de l’absorption intestinale (processus lent).

Petits soucis en cas de déficit…

Encore faut-il qu’il y ait de la vitamine D à mobiliser et du calcium dans le système digestif…

Nous avons déjà vu que chez la plupart des femmes, les apports de calcium sont très insuffisants et que, sous nos climats, nous manquons de vitamine D en automne et en hiver

De ce fait, notre corps est très souvent en train d’essayer d’utiliser plus de vitamine D que ce dont il dispose (la vitamine D doit être transformée en plusieurs étapes pour pouvoir être utilisée) et il traque la moindre ressource de calcium disponible sans pour autant arriver à ses fins…

Et nous avons ainsi toutes les conditions pour commencer à progressivement affaiblir nos os.

Ainsi, si nous prélevons 100 mg/j de calcium sur notre squelette 6 mois de l’année par an, au bout d’un an, nous avons perdu près de 20 g de calcium, 200 g au bout de 10 ans et il ne reste plus grand chose de notre calcium osseux en 40 ans.

Jour après jour, nous affaiblissons nos os sans nous en apercevoir et nous aurons beaucoup de mal à les reconstituer le jour où nous nous en rendrons compte…

Conclusion

Nous savons tous que le calcium est indispensable à notre bon fonctionnement biologique.

Nous savons aussi que le calcium en l’absence de vitamine D n’est pas utilisé.

Il est donc majeur d’avoir des apports suffisants en ces deux nutriments essentiels que sont le calcium et la vitamine D.

Pour le calcium, nous pouvons subvenir à nos besoins par l’alimentation : ce n’est pas aisé, car les quantités nécessaires sont nettement plus importantes que ce qu’apporte l’alimentation courante.

Pour la vitamine D, il est impossible d’y parvenir toute l’année :

  • à l’automne et en hiver, nous ne pouvons couvrir nos besoins,
  • au printemps et en été, si nous sortons peu dans la journée, pendant les heures où le soleil est haut, nous en manquerons.

Il est donc important de prendre les mesures nécessaires. Vous trouverez des suggestions et des idées dans les autres articles du site…

Éventuellement, parlez-en à votre médecin !

Sources :

Choices for achieving adequate dietary calcium with a vegetarian diet. Weaver CM1, Proulx WR, Heaney R. Am J Clin Nutr. 1999 Sep;70(3 Suppl):543S-548S.


Le cercle vicieux entre surpoids et ostéoporose

Squelette obèseRésumé

Le surpoids affaiblit notre squelette. En effet, il le prive d’un certain nombre d’aliments et d’oligoéléments indispensables à son fonctionnement et à ses réparations. Inversement, certaines études médicales ont montré que le calcium et la vitamine D contribuaient à une meilleure régulation du poids.

Un rapport surprenant

A priori, la question peut sembler extraordinaire, ou, à tout le moins, surprenante.

En effet, si l’on est en surpoids, la musculature et l’ossature doivent s’adapter pour soutenir et mouvoir le supplément de poids.

Cela devrait donc avoir un effet favorable sur la croissance des muscles et sur la solidité des os.

En fait, ce n’est pas si simple.

Un surpoids défavorable à la santé

En premier lieu, il est connu depuis très longtemps que le surpoids a un effet négatif sur la santé cardiovasculaire.

D’une part, le surplus de graisses circulantes a un effet négatif sur les artères en les obstruant.

D’autre part, les cellules grasses du corps, quand elles sont trop développées, ont un effet inflammatoire chronique : nous avons déjà vu les effets négatifs dans tout l’organisme de l’inflammation, qui entraîne des dégâts liés aux maladies de dégénérescence en général, et l’ostéoporose en particulier.

En outre, ce que nous savons tous, la tension artérielle a tendance à augmenter avec le poids d’un individu. Le cœur a de moins en moins de possibilités de se reposer : il s’use prématurément…

Des études récentes ont en effet montré que le surpoids, et encore plus l’obésité, étaient liés à un déficit en calcium et en vitamine D.

La vitamine D

Pour ce qui concerne la vitamine D, il se trouve qu’elle est véhiculée et stockée dans les graisses (c’est une vitamine liposoluble). Et les personnes enveloppées (un peu ou beaucoup) ont des cellules grasses surdimensionnées. Celles-ci séquestrent la vitamine D et l’empêchent de circuler correctement pour atteindre les organes où elle serait utile.

Une étude espagnole récente montre également que les personnes en manque de vitamine D ont plus de risque de devenir obèse que les personnes ayant un statut vitaminique supérieur.

Le calcium

En matière de calcium, des études sur des populations féminines ont montré qu’un déficit en calcium favorisait la prise de poids. Les chercheurs ont interprété cette prise de poids comme une tentative du corps de trouver le calcium dont il a besoin pour fonctionner correctement en incitant la personne en déficit à manger plus (et donc à prendre du poids, par contrecoup). A contrario, des femmes québécoises en surpoids chez qui l’on veillait à ce qu’elles atteignent les 1200 mg/jour recommandés, perdaient beaucoup plus de poids que celles qui étaient en déficit relatif (600 mg/jour). Les mêmes chercheurs ont pu montré que moins l’on consomme de calcium, plus le pourcentage de masse grasse est important, plus le tour de taille est fort et plus le mauvais cholestérol augmente…

Conclusion : soyons vigilants !

Ainsi donc, on s’aperçoit que l’obésité et l’ostéoporose peuvent employer les mêmes armes pour nous empêcher de profiter pleinement et durablement de la vie.

Toutefois, un être humain averti en vaut deux : nous allons pouvoir être encore plus vigilants quant à nos apports en vitamine D et en calcium, ainsi qu’à notre poids.

Cette vigilance est d’autant plus la bienvenue que l’on sait qu’il est particulièrement difficile d’atteindre les niveaux utiles de vitamine D et de calcium dans nos pays : plus de 80 à 90% de la population est en déficit de l’un ou l’autre nutriment, voire même des deux. En outre, le surpoids est en augmentation importante depuis plusieurs années.

Sources :

Major G, Alarie FP, Doré J, Tremblay A. Calcium plus vitamin D supplementation and fat mass loss in female very low-calcium consumers: potential link with a calcium-specific appetite control.

The British journal of nutrition. 03/2009; 101(5):659-63

Du calcium pour faire fondre la graisse

Jean Hamann

Le fil, Université Laval

Volume 44, numéro 2412 mars 2009

Molero IG et al. Hypovitaminosis D and incidence of obesity; a prospective study. Eur J of Clin Nutr, 2013