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Que nous apprend le Ministère Américain de la Santé sur la santé de nos os ?

Les conseils du Surgeon Général OstéoporoseRésumé :

Le Ministère Américain de la Santé a publié un rapport sur la santé des os. Il envisage toutes les actions pouvant être mises en place pour améliorer la santé osseuse des Américains, qui laisse à désirer. Sur le plan individuel, on retiendra l’accent mis sur les actions de prévention, notamment par l’alimentation, par l’exercice physique, l’arrêt du tabac, la prévention des chutes, la prévention des fractures… Des recommandations sont faites pour tous les patients de tous les âges. D’autres recommandations concernent les professionnels, les institutions de santé et les pouvoirs publics…

Comment améliorer la santé osseuse des Américains

En 2004, le « Surgeon General » des Etats Unis publiait son premier rapport sur « la santé des os et l’ostéoporose ». Le « Surgeon General » (Chirurgien Général) est le directeur d’un département du Ministère Américain de la Santé, chargé de « l’amélioration de la santé et de la sécurité de la Nation ».

Ce rapport visait à faire le point sur la question de la santé osseuse dans le cadre général tracé par le président américain de l’époque, qui avait décrété une « décennie des os et des articulations » (2002-2011). Il s’agissait de fournir, « pour la première fois, les preuves scientifiques concernant la prévention, l’évaluation, le diagnostic et le traitement de la maladie osseuse ».

Ce travail a réuni les compétences de plus de 200 spécialistes de la santé osseuse, la plupart médecins, presque exclusivement américains.

Un très gros rapport très documenté

Le rapport, qui compte 437 pages, est découpé en 6 grandes parties :

  • Qu’est-ce que la santé osseuse ?
  • Quel est l’état de santé osseuse de l’Amérique ?
  • Que peuvent faire les personnes individuelles pour améliorer leur santé osseuse ?
  • Que peuvent faire les professionnels de Santé pour promouvoir la santé osseuse ?
  • Que peuvent faire le Système de Santé et les approches populationelles pour promouvoir la santé osseuse ?
  • Défis et opportunités : une vision pour l’avenir

Chaque partie est découpée en plusieurs chapitres et chaque chapitre commence par un message-clef. Ces messages clefs sont repris et résumés ci-dessous. Le lecteur qui veut prendre en main sa propre santé osseuse pourra commencer par regarder le résumé de la III° partie : chapitres 6 & 7. Le lecteur pressé pourra ensuite directement sauter à la conclusion…

  • I° Partie : Qu’est-ce que la santé osseuse ?

Le premier chapitre rappelle l’importance de la santé osseuse : le squelette est un cadre qui structure le corps et qui permet de mettre en réserve des minéraux vitaux pour le bon fonctionnement du corps. La santé osseuse des américains est mauvaise ce qui entraîne 1,5 million de fractures tous les ans. La situation pourrait être fortement améliorée par des mesures simples. Toutefois, le manque de prise de conscience de la population et de la profession médicale est le plus grave problème. Certaines fractions de la populations sont particulièrement frappées. La santé des os devrait être un domaine d’action privilégié de promotion de la santé pour les pouvoirs publics.

Le deuxième chapitre commence par rappeler les fonctions squelettiques (fonction structurale, et fonction de réservoir de minéraux essentiels). Durant l’enfance et l’adolescence, les os croissent par construction et destruction de l’os à différents sites (modelage). Par la suite, l’essentiel de l’activité osseuse se fait par construction et destruction au même endroit (remodelage). Le pic de masse osseuse est atteint à 20 ans environ et par la suite, le squelette est entièrement renouvelé tous les 10 ans environ. La santé osseuse dépend à la fois de la génétique et des facteurs extérieurs (alimentation et activité physique). Si le calcium ou le phosphore sont en quantité insuffisante, le corps va les chercher dans le squelette pour alimenter les fonctions vitales, ce qui à terme affaiblit les os. Les facteurs négatifs à la santé osseuse sont des défauts génétiques, des déficits nutritionnels, des désordres hormonaux… Le manque d’exercice, l’immobilisation et la fumée (tabac) ont des effets négatifs. L’ostéoporose, qui se produit avec l’avancée en âge, entraîne des fragilités osseuses.

Chapitre 3 : L’ostéoporose peut entraîner une invalidité physique et mentale. L’ostéoporose primaire vient d’une perte osseuse. L’ostéoporose secondaire est liée à des maladies, à certains médicaments, à certains produits toxiques. Les deux formes peuvent être prévenues par une alimentation adéquate, de l’activité physique et, si nécessaire, des traitements appropriés. Certaines maladies infantiles entraînent du rachitisme. Chez les adultes, la maladie équivalente s’appelle l’ostéomalacie. Elles peuvent être prévenues par des niveaux suffisants de vitamine D. Les malades d’insuffisance rénale chronique risquent l’ostéodystrophie. La maladie de Paget est une maladie progressive dont l’impact peut être minimisé si elle est traitée tôt. L’ostéogénèse imparfaite est d’origine génétique et développementale. Des cancers osseux peuvent également apparaître, qui concernent le plus souvent des personnes âgées (également des enfants).

  • II° Partie : Quel est l’état de santé osseuse de l’Amérique ?

Chapitre 4 : 1,5 millions de personnes souffrent de fractures ostéoporotiques tous les ans. 4 femmes sur 10 de plus de 50 ans connaîtront une fracture de la hanche, de la colonne vertébrale, du poignet. 10 millions de personnes de plus de 50 ans ont une ostéoporose et 33,6 millions supplémentaires ont une ostéopénie. Compte tenu de la démographie, la situation va s’aggraver. L’ostéoporose est un risque réel pour toute la population âgée, hommes et femmes. On estime que 1 million de personnes sont touchées par la maladie de Paget, et 20 à 50.000 par l’ostéogénèse imparfaite.

Chapitre 5 : les maladies osseuses sont le plus souvent silencieuses, jusqu’à ce qu’une fracture se produise. Les 1,5 million de fractures entraîne 500.000 hospitalisations, 800.000 visites aux urgences, 2,6 millions de visites de médecins, 180.000 placements en centres de soins… Les coûts directs sont estimés entre 12 et 18 milliards de dollar (2002), sans compter les coûts indirects. Les conséquences individuelles et familiales sont dévastatrices, avec une spirale descendante physique et mentale pouvant aboutir à la mort, particulièrement en cas de fracture de la hanche. Les complications sont des douleurs, une diminution de la taille, une incapacité à s’habiller, à se lever, à marcher… Des conséquences psychologiques graves sont à redouter (estime de soi, image de soi, humeur, isolement…).

  • III° Partie : Que peuvent faire les personnes individuelles pour améliorer leur santé osseuse ?

Chapitre 6 : Si les facteurs génétiques sont significatifs, les facteurs contrôlables comme l’alimentation et l’activité physique peuvent faire la différence entre un squelette fragile et un squelette solide. Le calcium est un élément majeur pour la santé osseuse et la majorité de la population américaine consomme des quantités très inférieures à une santé osseuse optimale. La vitamine D est importante avec de grands déficits chez les personnes en maisons de retraite, les personnes hospitalisées, les adultes avec des fractures. L’activité physique est importante tout au long de la vie. Le poids est également important (un faible de poids entraîne également des risques). Les fractures viennent souvent des chutes, aussi faut-il les prévenir : renforcement musculaire, travail de l’équilibre, adaptation des logements, diminution des psychotropes… Les questions autour de la reproduction peuvent entraîner des désordres et particulièrement les aménorrhées (arrêt des règles) après la puberté et avant la ménopause. Certaines maladies et prescriptions médicales entraînent des risques qu’il convient de traiter. Fumer et une forte consommation d’alcool diminuent la densité osseuse et augmentent le risque de fracture.

Chapitre 7 : Il y a beaucoup à faire à tous les âges pour avoir une bonne santé osseuse. Il est important d’avoir une alimentation bien équilibrée incluant des céréales, des fruits, des légumes, des laitages maigres ou écrémés ou d’autres aliments riches en calcium, et de la viande ou des haricots tous les jours. La plupart des américains ne consomment pas suffisamment de calcium. Il suffit de 3 verres de 240 ml de lait écrémé outre le calcium du reste de l’alimentation. On peut aussi utiliser des aliments supplémentés en calcium. Les apports de vitamine D par le soleil ne sont pas toujours faciles, et il faut des apports par l’alimentation ou même des suppléments. Outre les 30 mn d’activité physique journalière pour les adultes, il convient de pratiquer des exercices physiques spécifiques de renforcement musculaire et de charge. Il convient de voir un médecin en cas de maladie ou de traitement médical qui entraînent une fragilité osseuse ou en cas d’aménorrhée pendant 3 mois.

  • IV° Partie : Que peuvent faire les professionnels de Santé pour promouvoir la santé osseuse ?

Chapitre 8 : Une grande partie du fardeau peut être évité si les individus à risques sont identifiés et que des interventions appropriées (préventives et curatives) sont menées. La profession médicale est souvent en défaut sur ces questions. Il est important d’évaluer de manière systématique les risques à tout âge et d’estimer les apports en calcium et vitamine D, l’activité physique, les comportements néfastes (fumer…). Il convient d’évaluer la santé osseuse de ceux qui sont le plus à risque avec les méthodes appropriées disponibles. Il convient que le public et les professionnels de santé soient conscients des risques faciles à identifier. Les signaux d’alarme, comme une fracture de fragilité, doivent être connus des professionnels de santé. Les professionnels de santé doivent aussi rechercher d’autres maladies osseuses. La densité minérale osseuse (DMO) doit être évaluée chez toute personne à risque (femmes de plus de 65 ans, femmes avec plusieurs risques de fractures, personnes ayant eu une fractures de fragilité, ou qui auraient eu des maladies ou des traitements fragilisants. Chez les personnes ostéoporotiques, il convient de rechercher les facteurs secondaires traitables.

Chapitre 9 : Il y a eu des avancées importantes dans la capacité à prévenir et traiter les fractures depuis 10 ans. Pourtant ces mesures sont mal appliquées. Chacun devrait être informé des fondamentaux de la santé osseuse et les pratiquer (exercice physique, nutrition, fumer). Il convient de rechercher toutes les causes secondaires chez les personnes diagnostiquées et, le cas échéant, les traiter. Les médicaments qui préviennent les fractures (anti-résorbants) diminuent le risque de fracture en limitant la résorption osseuse et même en accroissant la masse et la solidité osseuse. Quand les anti-résorbants sont insuffisants, des thérapies anabolisantes sont disponibles. Pour ceux qui restent avec un risque élevé de fracture, il convient de développer un programme anti-chute complet. Des traitements spécifiques existent pour d’autres maladies osseuses que l’ostéoporose et doivent être mis en oeuvre à temps.

Chapitre 10 : chaque personne, aidé par les professionnels de santé, a un rôle à jouer dans la promotion de sa propre santé osseuse. Les fonctions paramédicales ont également un rôle à jouer. L’enfance est un excellent moment pour encourager la nutrition et l’exercice physique et décourager les comportements néfastes. Les adultes jeunes et matures doivent être encouragés à adopter des styles de vie protecteurs de la santé. Pour les plus âgés, les apports en calcium et vitamine D sont plus élevés. Ils doivent avoir une activité physique, notamment des activités en charge et de résistance. Les facteurs de risques doivent être évalués pour toutes les femmes âgées, et une densité osseuse doit être mesurée pour toutes les femmes de plus de 65 ans et les personnes à risques. Un traitement pharmaceutique doit être envisagé pour toute personne ostéoporotique. Il faut envisager une stratégie de prévention des chutes avec tous les malades, ainsi qu’une protection des hanches pour les plus frêles et les plus à risque de chutes. Toute personne à risque devrait consulter un endocrinologue, un rhumatologue ou un autre spécialiste de l’ostéoporose.

  • V° Partie : Que peuvent faire le Système de Santé et les approches populationelles pour promouvoir la santé osseuse ?

Chapitre 11 : Il s’agit de mettre en place des politiques et des processus formalisés. A cet effet : 1) identifier et mettre en place des stratégies interventionnelles adaptées, 2) éduquer et sensibiliser le public et les professionnels de santé, 3) vérifier l’adéquation des services de prévention, de diagnostic et de traitement 4) vérifier les résultats sur la santé osseuse de la population. En matière de promotion de la santé, le rôle le plus important des cliniciens est dans l’éducation sur la prévention, l’évaluation, le diagnostic et le traitement. Les groupements médicaux ont aussi un rôle à jouer. Les hôpitaux et les centres de réhabilitation peuvent également aller au-delà de leurs fonctions traditionnelles en abordant l’amélioration de la santé osseuse et la prévention des chutes. Les institutions peuvent peuvent mettre en place des mesures pour prévenir les chutes et les fractures, vérifier les apports de calcium et vitamine D, renforcer les os. Les assurances santé doivent évaluer et suivre les performances des prestataires, mettre en place des programmes d’amélioration de la qualité, et/ou des programmes de rémunération sur la performance. Le système de santé publique et les agences gouvernementales peuvent jouer un rôle fondamental en promouvant : 1) une sensibilisation des patients et des professionnels, 2) améliorer la coordination entre organisations, 3) former les professionnels à la promotion de la santé osseuse et au diagnostic, 4) développer des stratégies pour promouvoir la santé osseuse et les traitements appropriés, 5) suivre et évaluer les activités localement et nationalement. D’autres organismes peuvent être impliqués par la recherche, l’éducation et les politiques d’achat.

Chapitre 12 : Les interventions globales visent à améliorer la santé osseuse de la population (prévenir la maladie, les blessures, les infirmités, les décès prématurés). Des approches au niveau national et local sont adaptées en raison de l’importance des effectifs concernés, le grand déficit de connaissances sur la prévention, les coûts engendrés par la maladie qui sont importants, des interventions bien pensées qui sont efficaces. Les approches communautaires sont essentielles. Ce chapitre inclut 7 exemples d’interventions réussies ou innovantes : les campagnes doivent être fondées sur des preuves et évaluées ; des outils éprouvés sont disponibles ; une éducation de base sur la santé osseuse est importante ; des partenariats locaux sont nécessaires ; des messages utiles sont disponibles pour toutes les tranches d’âge ; une politique de santé et des changements environnementaux sont des outils importants.

  • VI° Partie : Défis et opportunités : une vision pour l’avenir

Chapitre 13 : les messages majeurs du « Surgeon General » sont :

  1. l’importance de la santé osseuse pour la santé générale et le bien-être des américains,
  2. de grands progrès ont été faits au cours des dernières années dans la compréhension et la promotion de la santé osseuse
  3. beaucoup de personnes ont la possibilité de faire des choix de vie sains pour la santé osseuse,
  4. les professionnels de santé, les systèmes de santé, les communautés et d’autres parties prenantes ont des rôles critiques à jouer pour soutenir les patients à faire des choix adaptés et pour promouvoir des interventions adaptées de prévention, de diagnostic et de soin.

Conclusion

Ce rapport fait un tour d’horizon très large de tout ce qui permet d’améliorer la santé osseuse, tant au plan individuel, qu’au plan médical et au plan institutionnel. Il rentre très loin dans tous les détails des questions évoquées, présentant même des schémas très précis en matière de réactions biologiques ou d’interventions communautaires de promotion de la santé osseuse.

On retiendra que, comme en France, des déficits de vitamine D, de calcium, de protéines et un manque d’exercice physique adapté sont signalés chez une fraction importante de la population américaine.

Le rapport insiste sur le fait que la situation médiocre de la santé osseuse des américains est loin d’être une fatalité et que des comportements adaptés permettent d’améliorer considérablement la situation.

C’est d’ailleurs ce que nous disons dans nos articles de manière très régulière.

Rappelons que les facteurs de protection des os sont :

Prenez soin de vous !

Source :

Bone Health and Osteoporosis: A Surgeon General’s Report, U.S. DEPARTMENT OF HEALTH AND HUMAN SERVICES, Rockville, 2004, 467 pages

Plus de vitamine K pour nos os ?

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Plus de vitamine K pour nos os ?

Vitamine K et squelette - homNes.comRésumé :

La vitamine K est indispensable pour notre santé, notamment la coagulation. Certains auteurs pensent qu’elle a un intérêt supplémentaire dans la bonne santé générale et, en particulier, la santé osseuse. Les connaissances actuelles ne permettent pas d’exclure cette hypothèse, qui n’est toutefois pas validée. On trouve de la vitamine K dans les végétaux à feuilles vertes. Pour entretenir efficacement notre squelette, nous avons intérêt à faire attention aux paramètres dont nous sommes certains qu’ils interviennent dans notre santé osseuse (alimentation, nutriments essentiels et exercice physique).

Sommes-nous en déficit de K ?

On lit régulièrement que la vitamine K, et plus spécifiquement la vitamine K2, est un facteur important dans la bonne santé osseuse et qu’il convient de se supplémenter pour atteindre des quantités suffisantes.

Pour autant, les enquêtes officielles de nutrition indiquent que les déficits de vitamine K sont très rares, liés pour l’essentiel à des troubles du métabolisme, à des maladies.

Que faut-il en penser ?

Que nous disent les études biologiques approfondies sur la question ?

Les recommandations en vigueur

Les recommandations actuelles sont de 1 microgramme/jour/kg en Europe (soit environ 60 à 80 mcg/jour). Elles sont un plus élevées aux Etats-Unis : 120 microgrammes/j pour les hommes adultes et 90 microgrammes/j pour les femmes.

En France, les Apports Journaliers Recommandés (AJR) sont de 75 microgrammes/jours. Mais les AJR sont des valeurs réglementaires utilisées pour l’étiquetage des produits alimentaires. Ces valeurs sont conformes à celles fixées par l’Union Européenne.

Il est important de remarquer que les doses recommandées ont été fixées afin d’éviter des problèmes de coagulation sanguine à court terme que peuvent engendrer des déficits de vitamine K.

Deux formes principales de vitamine K

La vitamine K est une vitamine liposoluble (qui se dissout dans les graisses) et son absorption semble facilitée en présence de produits gras (huile d’assaisonnement par exemple).

Elle se présente sous deux formes principales : la vitamine K1 (ou phylloquinone), la vitamine K2 (ou ménaquinone).

La vitamine K1 provient directement de l’alimentation où on la trouve dans les végétaux à feuilles vertes (choux, épinards, brocolis, navets, salades vertes…) en quantités importantes.

La vitamine K2 est produite par les bactéries qui peuplent nos intestins (flore intestinale ou microbiote) à partir de vitamine K1, issue de notre alimentation. On trouve également de petites quantités de vitamine K2 dans certains laitages, viandes, poissons…

Des déficits rares…

Hormis les nouveaux-nés, dont la flore intestinale n’est pas encore adaptée, les déficits en vitamine K sont considérés comme rares par les spécialistes et ne concernent que des personnes ayant des problèmes de métabolisme (traumatismes, débilité physique, insuffisance rénale, traitement lourd par antibiotiques…).

Un certain nombre d’auteurs affirment que le rôle de la vitamine K va bien au-delà de la régulation de la coagulation sanguine. Ils affirment notamment que la vitamine K joue un rôle important pour lutter contre la plupart des maladies de dégénérescence que nous connaissons à notre époque : maladies cardiovasculaires, cancers, maladies inflammatoires, maladies auto-immunes…

En outre, on trouve facilement quelques articles rédigés par des scientifiques indiquant que des suppléments de vitamine K ont permis d’améliorer la santé osseuse de participants à des études.

De là à en conclure qu’il est nécessaire de supplémenter toute la population, il y a un pas qu’il convient de franchir avec précaution. Il convient d’une part de vérifier si toutes les études vont effectivement dans le même sens (certaines études mal conduites pourraient conduire à des conclusions erronées) et d’autre part de vérifier quels sont les risques liés à des excès de vitamine K (toxicité).

Très faible toxicité

Commençons par la toxicité…

Une étude menée par l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) a conclu en 2006 qu’il n’y avait pas de données permettant de définir une dose maximale de vitamine K à ne pas dépasser. En effet, les recherches ont montré que des quantités 100 fois supérieures aux quantités actuellement recommandées n’entraînent pas de troubles chez les personnes qui en ont pris.

L’EFSA concluait dans son rapport de 2006 : « Il n’y a aucune donnée appropriée permettant de fixer une limite numérique supérieure pour la vitamine K ».

L’ANSES indique : « En France, l’arrêté du 9 mai 2006 relatif aux nutriments pouvant être employés dans la fabrication des compléments alimentaires autorise l’emploi de la vitamine K1 à la dose journalière maximale de 25 μg. Le groupe des vitamines K2 n’est pas mentionné dans ces textes ».

Toutefois, il est important de noter que les personnes sous anticoagulant courent des risques avec des suppléments de vitamine K.

Il est à noter que, dans le passé, une molécule synthétique de la famille des vitamine K, la vitamine K3 (ou ménadione), présentait des risques allergiques importants. Elle n’est, heureusement, quasiment plus utilisée dans les pays développés…

Des indices intéressants, mais des niveaux de preuves insuffisants…

Si l’on recherche de manière active des études concernant la vitamine K et les différentes maladies de dégénérescence mentionnées précédemment (maladies cardiovasculaires, cancers, maladies inflammatoires, maladies auto-immunes, ostéoporose…), il est très facile de trouver des articles concluant à une relation positive entre vitamine K et une meilleure santé.

Toutefois ces articles sont souvent issus d’études ponctuelles avec des méthodologies insuffisantes (cas-témoins, études observationnelles…) pour permettre de tirer des conclusions générales acceptables par l’ensemble des spécialistes en santé publique et en épidémiologie.

D’ailleurs, on trouve également des articles concluant que les apports de vitamine K ne sont pas corrélés avec la mortalité générale… et d’autres articles indiquant que de nouvelles études sont nécessaires pour approfondir l’impact sanitaire de la vitamine K.

Il semble ainsi que les connaissances soient nettement moins structurées que celles concernant la vitamine D. Pourtant, il existe encore de nombreuses incertitudes quant aux doses maximales de vitamine D les plus adéquates pour assurer notre santé à long terme.

Conclusion

Compte tenu des risques de déficit sur les fonctions de coagulation du sang, la communauté médicale a déterminé des niveaux d’apport en vitamine K que l’alimentation courante permet facilement de couvrir chez la majorité de la population en bonne santé (hormis les nouveaux-nés qui sont spécifiquement traités par des apports au moment de la naissance).

Des études diverses semblent indiquer que des apports supérieurs en vitamine K pourraient avoir des bénéfices supplémentaires contre un certain nombre de maladies de dégénérescence.

Toutefois, les études de grande ampleur et d’excellente qualité manquent encore et les études de synthèse peinent à démontrer un intérêt réellement quantifiable sur la durée de vie de ceux qui prennent des suppléments de vitamine K.

Les spécialistes estiment que des doses supplémentaires de vitamine K naturelle (K1 ou K2) ne peuvent pas entraîner de risques sanitaires jusqu’à des niveaux allant jusqu’à 100 fois les niveaux actuellement recommandés (hormis pour les personnes sous anticoagulants).

Ainsi, si l’on souhaite augmenter ses apports en vitamine K de manière naturelle, on pourra mettre l’accent sur les végétaux à feuilles vertes (choux, épinards, brocolis, navets, salades vertes…). Cela permettra en outre de bénéficier de tous les bienfaits associés à un régime méditerranéen, dont on sait qu’il contribue à renforcer les os, notamment en diminuant l’inflammation chronique du corps.

Toutefois, avant de travailler ses apports en vitamine K, on aura tout intérêt à mettre l’accent sur les facteurs dont il est clairement démontré qu’ils ont réellement un impact sur la santé des os :

Prenons soin de nous !

Source :

Price PA. Role of vitamin-K-dependent proteins in bone metabolism, Annual Review of Nutrition, 1988, 8:565-83. Review.

Zwakenberg SR, den Braver NR, Engelen AI, Feskens EJ, Vermeer C, Boer JM, Verschuren WM, van der Schouw YT, Beulens JW; Vitamin K intake and all-cause and cause specific mortality; Clin Nutr. 2016 Aug 30. pii: S0261-5614(16)30216-3.

Jinghe X, Mizuta T, Ozaki I; Vitamin K and hepatocellular carcinoma: The basic and clinic; World J Clin Cases. 2015 Sep 16;3(9):757-64.

Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, Tolerable upper intake levels for vitamines and minerals, février 2006.