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Pourquoi les Britanniques vont prendre de la vitamine D toute l’année

Britanniques : dopés à la vitamine D - homnesRésumé :

Le rapport scientifique demandé par le Ministère de la Santé du Royaume-Uni sur la vitamine D a été publié en juillet 2016. Il préconise une ingestion de 10 microgrammes (mcg) de vitamine D/jour toute l’année pour toute personne de plus d’un an (12 mois) et de 8,5 à10 mcg pour les enfants de moins d’un an. Il s’agit essentiellement de protéger la santé osseuse et musculaire. Les auteurs considèrent que les preuves de l’impact de la vitamine D dans d’autres questions de santé (cancer, scléroses multiples, maladies cardiovasculaires…) ne sont pas suffisamment établies.

Des études récurrentes

Régulièrement, les autorités de santé britannique se posent la question de la bonne dose de vitamine D pour la population sous leur administration.

Nous vous avions déjà parlé, voici quelques mois (janvier 2016), dans un autre article, de la préparation d’un rapport que le Ministère de la Santé de l’Angleterre avait demandé au SACN (Comité Scientifique Consultatif sur la Nutrition), un Comité d’Experts indépendants qui conseille le gouvernement britannique sur les questions liées au régime alimentaire, à la nutrition et à la santé.

Cette demande visait à réactualiser les précédentes recommandations qui avaient été publiées en novembre 2007.

Le nouveau rapport a été publié en juillet 2016, suite à une demande ministérielle de 2010.

Autant dire que les experts ont pris le temps de fouiller la question et d’approfondir tous les points qu’ils avancent à la lumière des études de bonne qualité disponibles au plan mondial.

Bref, nous avons là un rapport d’une haute tenue scientifique.

Des évolutions significatives

Par rapport aux précédentes recommandations, qui n’avaient pas évolué depuis 1998, les nouvelles recommandations de 2016 sont en nette évolution comme le montrent les tableaux ci-dessous :

Dose journalière de référence pour la vitamine D (2016)

Âge

Dose journalière de référence (mcg/j) (**)

Nourrisson de 0 à 12 mois

8,5 à 10 mcg/j (soit : 340 à 400 UI/jour)

Personne de plus d’un an (12 mois) (*)

10 mcg/j (soit : 400 UI/jour)

(*) y compris enfants, adultes, personnes âgées, femmes enceintes, femmes allaitantes

Il s’agit d’une dose moyenne journalière calculée sur une période hebdomadaire.

Pour mémoire : Dose journalière de référence antérieure pour la vitamine D (1998)

Âge Masculin Féminin
Nourrissons de 0 à 7 mois 8,5 mcg/j 8,5 mcg/j
Enfants de 7 mois à 3 ans 7 mcg/j 7 mcg/j
Personne de 4 ans à 65 ans Pas de supplémentation Pas de supplémentation
Personne de plus de 65 ans 10 mcg/j 10 mcg/j
Femme enceinte 10 mcg/j
Femme allaitante de 0 à 4 mois 10 mcg/j
Femme allaitante de plus de 4 mois 10 mcg/j

Ces recommandations s’appliquaient à des populations en bonne santé. Les personnes en situation d’exposition solaire inadéquate pouvaient nécessiter d’être supplémentées.

On voit ainsi que les doses pour les enfants et les nourrissons ont été significativement haussées, et que l’on a créé une recommandation de supplémentation pour les enfants de plus de 3 ans et les adultes jusqu’à 65 ans.

Le président du groupe de travail, le Professeur Hilary Powers, résumait en une phrase : « Suite à une revue en profondeur des preuves scientifiques et à un processus de consultation prolongé, le SACN recommande que toute personne de plus d’un an d’âge prenne une dose de 10 microgrammes de vitamine D par jour afin de protéger la santé de ses os et de ses muscles ».

Protéger de l’augmentation des risques pour la santé osseuse

Le rapport explique que les évolutions des recommandations viennent de la constatation que l’exposition solaire des populations les moins à risque de déficit (les adultes) ne permet pas d’atteindre des niveaux de vitamine D suffisants dans le sang en hiver (concentration sanguine de 25(OH)D > 25 nmol/l de sang).

Ce niveau de concentration dans le sang (25 nmol/l) est considéré par les experts comme le niveau en dessous duquel les risques pour la santé osseuse augmentent. Il ne peut être mesuré que par des examens de laboratoire, dont le rapport mentionne qu’ils ne sont pas systématiquement faits correctement. La dose de 10 mcg/j de vitamine D permet d’atteindre une concentration sanguine adéquate pour 97,5% de la population britannique.

Il convient bien de remarquer que la concentration visée dans le sang n’est pas celle qui est la plus favorable pour la santé en général, ou la santé des os en particulier. Il s’agit de la concentration qui limite les risques pour la santé osseuse. Cela peut signifier que la concentration optimale, celle qui est la plus favorable pour la santé générale, peut être supérieure…

Comme nous l’avons déjà signalé dans un article récent, des études sont en cours pour vérifier que des doses plus importantes ont effectivement des effets favorables sans entraîner de risques. On craint en effet qu’un excès de vitamine D puisse entraîner des troubles comme, par exemple, hypercalcémie, dégénéresence du pancréas, affaiblissement du système immunitaire adaptatif…

Un rapport exhaustif

Le rapport a mobilisé de nombreux experts (une trentaine) en matière de santé, de rhumatologie, de nutrition, d’épidémiologie, de métabolisme, de biochimie… Il a fallu pas moins de six années pour arriver à la version définitive qui compte plus de 300 pages. Une version provisoire avait été publiée en 2015 pour permettre de recueillir les remarques de tous les experts du pays.

Il s’agit donc d’un rapport prenant en compte l’état des connaissances actuelles sur la vitamine D et la santé.

Compte tenu de son ampleur, nous ne donnerons ici qu’un résumé de ses recommandations…

On trouvera en annexe une présentation du résumé de la publication…

Résumé des recommandations

Pour protéger la santé des muscles et des os, il est recommandé que la concentration sanguine de vitamine D (25(OH)D) ne descende jamais sous 25 nmol/l à aucun moment de l’année.

Au Royaume-Uni, les populations qui n’ont pas ce niveau de concentration sont celles qui ont une exposition solaire minimale, celles qui se couvrent la peau pour sortir, les minorités ethniques qui ont la peau sombre.

Il n’est pas possible de faire une recommandation d’exposition au soleil qui permettrait d’atteindre la concentration cible tout au long de l’année.

Une recommandation de supplémentation de 10 mcg/j a été faite pour pour permettre à 97,5% de la population de plus de 4 ans d’atteindre une concentration sanguine de vitamine D (25(OH)D) quand l’exposition solaire est minimale. C’est une moyenne hebdomadaire prenant en compte des variations d’apports.

Cette recommandation concerne également les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les populations à risque de faible taux sanguin de vitamine D.

Les données sont insuffisantes pour les enfants de moins de 4 ans, aussi une « dose sûre » a été fixée à 8,5-10 mcg/jour de la naissance à 12 mois, et de 10 mcg/j de 12 mois à 3 ans.

Ces recommandations sont valables toute l’année, à titre de précaution.

Ces recommandations incluent tous les apports alimentaires : sources naturelles, aliments fortifiés, suppléments. Comme il est difficile d’atteindre ces niveaux par la seule alimentation, il est recommandé que le gouvernement donne des orientations permettant d’atteindre ces recommandations.

Doses maximales

En raison des effets néfastes (cf. conclusion) de trop grandes doses de vitamine D, différents pays ont fixés des doses maximales.

Au Royaume-Uni, la dose maximale de supplément est de 25 mcg/j (1000 UI).

Aux Etats-Unis, la dose maximale est de 100 mcg/j (4000 UI) pour les adultes, toutes sources confondues.

En Europe, L’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) a fixé la dose maximale à 100 mcg/j (4000 UI) pour les personnes de plus de 11 ans.

Conclusion

Les nouvelles recommandations britanniques en matière d’apports de vitamine D par la voie orale sont beaucoup plus simples que les précédentes. Il s’agit d’apporter à l’ensemble de la population une dose journalière de 10 mcg/j (400 UI) de vitamine D. Cette recommandation est valable tout au long de l’année, en moyenne hebdomadaire, quel que soit l’âge, la teinte de la peau, le sexe, le statut maternel.

Les apports peuvent se faire par l’alimentation et par une supplémentation.

L’étude rappelle que les excès de vitamine D peuvent avoir des conséquences néfastes en matière d’hypercalcémie (concentration sanguine trop élevée), calcification des tissus mous, déminéralisation des os, toxicité irréversible pour les reins et le cœur. En outre, les excès de vitamine D pourraient entraîner une augmentation des chutes et des fractures, une augmentation des cancers du pancréas et de la prostate, une augmentation de la mortalité générale…

Les Britanniques recommandent de ne pas dépasser une supplémentation de 25 mcg/j (1000 UI pour les adultes).

L’étude ne recommande pas de privilégier une des deux formes de vitamine D usuelle (D2 ou D3). En effet, s’il semble, d’après une étude, que la D3 est plus efficace pour élever la concentration sanguine, il n’a pas été possible de démontrer une différence d’activité biologique entre les deux molécules.

Ce que nous pouvons en tirer pour nous-mêmes

Compte tenu de la latitude comparable des pays francophones d’Europe ou d’Amérique par rapport au Royaume-Uni, il semble raisonnable de s’inspirer des recommandations britanniques qui viennent de sortir. Assurons-nous donc d’avoir des apports suffisants de vitamine D pour nous nous permettre une bonne santé osseuse et musculaire.

N’oublions pas non plus de prendre soin de nos apports en calcium, magnésium, protéines, d’avoir une activité physique avec impact (ou en charge), d’avoir une alimentation anti-inflammatoire, de limiter les apports en sel, de veiller à une digestion harmonieuse

Prenons soin de nous !

Annexe :

Introduction de la question étudiée

La vitamine D est nécessaire à la régulation du calcium et du phosphore. Elle est fabriquée par la peau sous l’action des rayons du soleil ultra-violets B (UVB). On en trouve aussi dans certains aliments.

Les recommandations d’ingestion antérieures dataient de 1991 et ont été confirmées en 1998. Elles avaient été fixées afin de prévenir le rachitisme des enfants, et l’ostéomalacie (faiblesse osseuse lié au déficit de vitamine D) chez les adultes.

Entretemps des études ont montré que la vitamine D pouvaient intervenir favorablement sur la santé dans d’autres domaines que celle des os. En 2010, il s’agissait d’analyser les résultats de ces études.

A cet effet, il avait été décidé de « faire une revue des recommandations nutritionnelles de vitamine D et de faire des recommandations générales » :

a) définir les indicateurs biologiques pertinents et évaluer les risques de déficit ou d’excès,

b) vérifier les associations entre concentration de vitamine D et conséquences sur la santé pour différents âges et groupes de population,

c) analyser la production de la peau en vitamine D en fonction de l’exposition solaire, et prendre en compte les risques liés au soleil,

d) analyser les risques potentiels de doses élevées de vitamine D,

e) évaluer la contribution des aliments naturels, des aliments fortifiés (où l’on ajoute de la vitamine D), des suppléments, de la peau…

Rappel sur le métabolisme de la vitamine D

Le rapport rappelle le rôle du foie et des reins dans la production par le corps de vitamine D fonctionnelle (1,25(OH)2D).

Puis, sont rappelés les mécanismes de production de la vitamine D par la peau sous l’action des UVB. Au-dessus d’une latitude de 37°N (ce qui correspond aux villes de Grenade, tout au sud de l’Espagne, de Syracuse en Sicile, ou de Tunis), la production de vitamine D par la peau, n’est pas possible en hiver. Au Royaume-Uni, la production commence en mars/avril et s’interrompt en septembre. On a observé que la concentration sanguine de vitamine D est plus faible chez les personnes ayant la peau foncée.

On utilise couramment la concentration sanguine ou plasmatique en 25(OH)D. Ce type de mesure a des limitations (état inflammatoire, indice de masse corporelle, génétique…). Les mesures réalisées peuvent varier considérablement (15 à 20%) d’un laboratoire à l’autre.

Conséquences sanitaires

Pour analyser les conséquences sanitaires, le Comité a préféré utiliser les résultats des études aléatoires, et des études prospectives. Pour autant, d’autres études ont été aussi analysées.

Il s’agissait de vérifier les conséquences d’une supplémentation ou d’une concentration en vitamine D sur différents critères de santé. Il a été difficile de vérifier s’il existait toujours une relation dose/effet (par exemple, augmentation d’un effet favorable avec l’augmentation de la concentration sanguine).

Santé des muscles et du squelette

  • Rachitisme : les preuves ne sont pas parfaites, car il y a sans doute des facteurs confondants (déficit en calcium, par exemple). Il apparaît que les risques augmentent en-dessous d’une concentration sanguine de 25 nmol/l.
  • Ostéomalacie : les concentrations sanguines des malades sont inférieures à 20 nmol/l.
  • Indices de santé osseuse : La supplémentation semble avoir des effets positifs sur la santé osseuse des nouveaux-nés (supplémentation de la mère), des adultes de plus de 50 ans. Pour les autres catégories de population, les preuves sont insuffisantes.
  • Prévention des fractures : les résultats ne sont pas clairs, mais suggèrent que la supplémentation ne réduit pas le risque de fractures.
  • Muscles : Il semble que la supplémentation ait un effet positif sur la force et la fonction musculaire chez les adolescents et les adultes.
  • Chutes : Il semble également que la supplémentation en vitamine D diminue le risque de chute chez les adultes de plus de 50 ans. Toutefois, dans deux études, des doses très élevées données annuellement ou mensuellement semblaient augmenter les risques.
  • Autres domaines : santé reproductive, cancer, santé cardiovasculaire, hypertension, mortalité générale, immunité, maladies infectieuses, fonction neuropsychologique, santé orale, DMLA (Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge). Les niveaux de preuve sont insuffisants.
  • Questions sur lesquelles fonder les recommandations : Seules les questions de santé des muscles et du squelette donnent des niveaux de preuve suffisants. La relation entre état de santé et concentration sanguine en vitamine D n’a pas pu être établie valablement, compte tenu des études disponibles. Les incertitudes restent fortes, mais il semble que les risques augmentent au-dessous d’une concentration sanguine en vitamine D de 20-30 nmol/l. C’est pour cela que le seuil de 25 nmol/l a été retenu.

Consommation et concentration de vitamine D au Royaume-Uni

  • Consommation : les consommations alimentaires (supplémentation incluse) sont de 8-10 mcg/j (bébés de 4 à 11 mois non allaités) et 3,5 mcg/jour (enfants de 12 à 18 mois non allaités), 2 à 3 mcg/jour (bébés de 4 à 18 mois allaités), 2 à 4 mcg/j (de 18 mois à 64 ans), 5 mcg/j (plus de 64 ans), 3 à 4 mcg/j (plus de 64 ans en institution).
  • Concentration sanguine ou plasmatique en 25(OH)D : la moyenne annualisée est de 40 à 70 nmol/l, sauf en institution (30 nmol/l). Les proportions de population ayant une concentration inférieure à 25 nmol/l était de : 2 à 8% de 5 mois à 3 ans, 12 à 16% de 4 à 10 ans, 20 à 24% de 11 à 18 ans, 22 à 24% de 19 à 64 ans, 17 à 24% au-dessus de 64 ans, presque 40% pour les personnes en institution. 30 à 40% de la population a une concentration inférieure à 25 nmol/l en hiver, contre 2 à 13% en été. Dans certaines catégories de population, des fractions importantes n’atteignent jamais, pas même en été, un niveau de 25 nmol/l (Ecosse : 17%, Londres : 16%, femmes originaires d’Asie du Sud : 53%, femmes enceintes du Nord-Ouest de Londres : 29%). La concentration sanguine chez les adultes est plus forte chez ceux qui ont la peau blanche (46 nmol/l), que chez les Asiatiques (21 nmol/l) ou les Noirs (28 nmol/l).

Revue des recommandations alimentaires

La concentration sanguine au-dessus de laquelle la population devrait se trouver, tout au long de l’année, pour protéger la santé des muscles et des os est de 25 nmol/l de 25(OH)D, d’après les données des études. Il n’a pas été possible de déterminer la dose de soleil d’été permettant d’atteindre ce niveau en hiver. Les doses alimentaires recommandées ont été calculées pour permettre d’atteindre toute l’année la concentration sanguine cible. Les calculs ont permis d’arriver à une dose journalière de 10 mcg/jour (400 UI) de vitamine D pour protéger 97,5% de la population. Pour les nouveaux-nés, les données étaient insuffisantes, et on a défini une « dose sûre » de 8,5 à 10 mcg/j pour les moins de 4 ans.

Source :

Professor Hilary Powers et alii, Vitamin D and Health, Scientific Advisory Committee on Nutrition, Londres, 304 pages, juillet 2016